Ouvriers funambules
2008

Sur l’immeuble d’en face, des ouvriers travaillent, même le vendredi, même le samedi. Du huitième étage ils font monter des matériaux à l’aide d’une poulie. Au début il n’y avait ni rambarde ni protection aux plateformes des balcons. Parfois ils s’aventurent sur des échafaudages formés d’une planche posée entre deux barres d’acier plantées dans le mur. Ça donne le frisson de les regarder, comme en montagne un groupe de promeneurs égarés sur une vire dangereuse. Peur d’en voir un dévisser et d’assister à sa mort en direct, sans même avoir eu le temps de détourner les yeux. D’ailleurs, quel réflexe domine dans ce cas : fermer les yeux pour ne pas voir, ou les écarquiller, fasciné par l’événement ? Difficile à savoir sans l’avoir vécu.
- Au Liban, me raconte un ami, c’était pareil, ils faisaient des travaux sur l’immeuble voisin du mien, qui appartenait au même propriétaire. Tout le quartier lui appartenait ou presque. Un jour je demande à cet heureux homme: « Vous n’avez pas peur qu’ils tombent, en travaillant comme ça, sans aucune protection?»
- Oh, mais non, rassurez-vous, fait le brave homme, s’il y en a un qui tombe, on m’en envoie tout de suite un autre pour le remplacer.
Comme ça, sans rire, avec une franchise déconcertante. Toutes les vies n’ont pas le même prix. Et tout le monde n’a pas les mêmes valeurs.

ça m’imprsionne toujours ces ouvriers !j’en ai vu au 15ème étage d’un immeuble aux pyramides dans le vide juste attaché par une corde entrain de laver les fenêtres !!!br,br!!!
Je rentre de Chine, où les échafaudages de tours sont encore en bambous !