Islam et occident
13 juillet 2008

La conférence donnée par Monsieur Nicoullaud, ex ambassadeur de passage au Caire, est intitulée « Islam et occident, où est le conflit ? ». Pour une fois, l’auditorium est plein à craquer. Certains ont été attirés par le thème, d’autres par l’espoir d’échanger deux mots avec l’orateur, qu’on dit influent au Ministère. Le directeur prend le micro pour remercier toutes les personnes présentes d’être « fidèles à nos rendez-vous du lundi ». Elégante manière de laisser entendre que toutes les conférences rassemblent la même audience.
L’ex ambassadeur commence à l’ancienne, en lisant ses documents, sans l’ombre d’un powerpoint. Arriver à captiver son public en lisant un texte tout seul sur scène, voilà le nouveau challenge. Il y en a bien qui arrivent à ne rien dire avec une superbe présentation powerpoint aux effets rebondissants.
Au début, c’est difficile à admettre, il faut se concentrer sur les mots, puis grâce à des parties plus fluides, plus naturelles, on arrive à suivre le fil du récit. L’orateur fait une rétrospective de l’Islam après avoir mis en garde contre les amalgames : Si l’islamisme est une idéologie, l’Islam est une religion, liée à un art.
Donc, de 750 à 1100, ce fut l’âge d’or de la civilisation islamique (pas islamiste, SVP). On apprend au passage que le port du voile n’est pas une spécificité musulmane. Déjà Hammurabi, dans le premier code civil de l’Histoire, interdisait aux femmes de mauvaise vie de porter le voile, les distinguant ainsi des femmes bien.
L’Islam de cette époque était un monde d’échanges plus que de production : échanges maritimes, route de la soie, traçaient un empire fondé sur le commerce, qui gérait des liaisons entre Asie, Afrique et Europe.
Le premier échec de l’Islam dans la course à la modernité fut sa non-participation à la conquête des Amériques. Le second d’avoir raté le coche de la démocratisation à une époque où une telle évolution était possible. Là, j’avoue avoir manqué une partie de la démonstration. Le coche de la démocratisation, c’était quand qu’il fallait le prendre ?
Je me contenterai des réponses de Nicoullaud à deux ou trois questions posées par l’audience.
A un type accusant les juifs de tous les maux de l’Islam, il répliqua aimablement : « Méfions-nous des facteurs uniques d’explication. Quand j’étais en Amérique latine, tout ce qui allait mal était de la faute des américains. Et quand on demandait aux gens comment faire pour s’en sortir, ils vous répondaient que c’était aux américains de faire quelque chose. »
Belle réponse de diplomate.

Une autre thèse est évoquée : la démocratie ne serait pas adaptée aux pays où subsiste un fort taux d’illettrés. Pourtant, répond-il, la révolution française a été faite en grande partie par des illettrés. Ne pas savoir lire n’empêche pas de vouloir la démocratie. Tout le monde aime la démocratie.
Autre argument réfuté : « Il vaut mieux soutenir des régimes dictatoriaux que laisser les talibans, ou les frères musulmans, prendre le pouvoir. » En agissant ainsi, réplique-t-il fermement, on ne fait que renforcer le pouvoir des extrémismes religieux. Il faut toujours faire la distinction entre fondamentalisme et terrorisme.

De fait, les frères musulmans ont depuis quelque temps cessé de s’occuper de politique. Ils ont été brutalisés, enfermés, torturés, par des bourreaux qui ignorent la distinction entre fondamentalisme et terrorisme. A présent, ils investissent le domaine social, et sont les seuls à le faire. Et c’est ça qui leur apporte l’adhésion du peuple, des gens sans instruction. Ce que voient les gens simples, qui réfléchissent simplement, c’est que le gouvernement ne fait rien pour eux, et que seuls les Frères les aident à sortir de leur misère.
Si les Frères musulmans prennent le pouvoir, dit un de mes collègues, ce sera une catastrophe pour l’Egypte, pas seulement parce que le peu de liberté de mœurs qui nous reste sera annihilé, mais aussi parce que les investisseurs étrangers fuiront le pays. Ce sera une catastrophe sociale et économique.
Pour en savoir plus sur la conférence de Monsieur Nicoullaud, lisez l’article de Marie Girod :
http://www.mediapart.fr/club/edition/nouvelles-d-egypte/article/170508/d-al-andalus-au-911