Fin avril 2008 : depuis deux mois j’occupais, en guise de troisième bureau provisoire, une salle de cours au deuxième étage avec vue sur les jardins de l’IFAO, qu’il a fallu libérer avant même que la peinture soit sèche dans le quatrième bureau (définitif ?) qui m’était attribué.

- Pas de problème, fait le responsable, c’est de la peinture à l’eau, l’odeur va partir en quelques jours.

S’en suivit une semaine de maux de tête et d’irritation de la gorge.

Je me dis bon, ça va passer, ce doit être la pollution qui revient en force avec la chaleur.

Ma nouvelle compagne de bureau, qui souffrait sans se plaindre, finit par m’avouer qu’elle aussi ressent les mêmes malaises.

- Pas possible, nous répond-on, on a utilisé la même peinture partout, et personne ne se plaint à part vous.

De fait, les autres collègues fraîchement installés n’ont pas de problèmes. En quoi notre bureau est-il différent des autres ? Finalement, je réalise qu’il est le seul à disposer d’une mezzanine où sont stockées trois armoires pleines d’archives. Et qu’on accède à cette mezzanine par un étroit escalier de fer. Je demande à voir la peinture qui a servi à peindre le métal.

- C’est la même, m’affirme-t-on.

Sauf que le peintre a dû forcer sur la dose de solvant à ajouter pour tenir sur le métal. Furieuse de m’être laissé intoxiquer sans réagir, je demande à voir la composition des produits. Mets en copie le chef. M’énerve.

 Ma jeune collègue intervient en douceur :

- Dans notre religion, nous croyons que les méchants seront punis dans l’au-delà, s’ils ne le sont pas dans cette vie.

- Je veux bien, mais est-ce que c’est une raison pour ne rien tenter ici-bas pour améliorer les choses?

- Si on a respiré des saloperies, on n’y changera rien maintenant.

- Disons que je le fais pour rendre service aux prochains.

 Elle m’avoue  alors que le peintre, très inquiet, est venu la voir. Pas le chef des travaux, pas celui qui a commandé les produits, non, le type qui a fait la peinture.

- Tu sais, conclut-elle, si on doit trouver un coupable ici, c’est toujours le plus petit qui paye pour les autres. Celui qui tient le pinceau.

 Message reçu. Si je m’acharne, je serai responsable d’un licenciement de plus. Comme s’il n’y en avait pas eu assez depuis mon arrivée.


Une réponse vers “Celui qui tient le pinceau”

  1. Nagui a dit

    Désolé, tu dois en parler. Si on se tait pour tout rien ne va changer. Qu’il soit licencié ou pas, ceci ne doit pas être ta préocupation. raz le bol de se taire.

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