Retour sur une semaine de vibrations : du 9 au 11 mars, le personnel des services de l’Ambassade, du Consulat et du CFCC se sont mis en grève pour protester contre le licenciement de leurs collègues. A contrecoeur, mal préparés à mener ce genre d’action, avec l’angoisse de voir la police s’en mêler.

Comme ces collègues courageux et désemparés, poussés à une action à laquelle ils sont peu accoutumés, je porte un pull noir, c’est tout ce que je peux faire. Et j’essaie de les écouter, de les conseiller un peu, de compenser par un minimum d’attention l’indifférence de mes supérieurs.

La même semaine j’organisais un atelier d’écriture journalistique qui a donné naissance à un blog dédié aux petits commerçants de Mounira et Sayeda Zeinab. C’est ainsi qu’on apprend combien gagne le marchand de jus de fruits du coin de la rue, qui a deux filles à marier et deux heures de trajet pour venir au Centre ville : 25 livres par jour, soit trois euros. « Pas si mal, fait un des profs en formation, ça lui fait 600 livres par mois, plus que mon salaire ».

Belle synchronisation involontaire, le mercredi avait lieu à la médiathèque la conférence de presse du groupe IAM avant son concert devant les Pyramides. Ils sont nature, nos marseillais, refusent résolument de se prendre au sérieux et plaisantent hardiment : «  On est venu pour effacer les traces de celui qui est passé ici en décembre », «  comme les pharaons qui martelaient le cartouche de leur prédécesseur ».

Ils se marrent, mais ils ont vu le chaos urbanistique du Caire et la misère qui va avec. Ils sont comme des gamins qui découvrent le pays de leurs rêves, conscients de leur chance et d’être traités comme des rois.

L’après-midi, à l’auditorium, on assiste à la répétition avec l’orchestre populaire égyptien. Mélange des genres, les rappeurs enchaînent sur les flûtes stridentes, les crins-crins et les tambours. Akhenaton semble se délecter. Pas une once de mépris dans son regard, le rythme du rap se glisse discrètement dans la musique traditionnelle, les mots fondent dans le fouillis sonore, on se moque de ne pas comprendre les paroles.

Enfin quelque chose qui ressemble à un dialogue des cultures. Mon amie alexandrine ne résiste pas au plaisir de se faire photographier avec l’artiste, et m’embarque dans l’aventure. C’est promis, demain j’adhère au fan club.

 Le concert aux Pyramides a lieu le vendredi 14 mars à 4 heures, en plein cagnard. On transpire à grosses gouttes et les musiciens aussi. La plateforme du son et lumière est orientée plein ouest. Ceux qui ont oublié leurs lunettes de soleil se font une visière avec la main, devant le Sphinx imperturbable.

L’accompagnement aux accents classiques de l’orchestre de l’Opéra du Caire, l’apparition surprise du chanteur tunisien Lotfi Bouchnak, de Khaled, le père d’ « Aïcha », et les accents nasillards de l’orchestre populaire, le tout bien macéré dans la réverbération du plateau de Guiza, donnent à ce concert une vibration inoubliable.

A la fin, entre les remerciements à l’Ambassade et les dernières ovations du public, Akhenaton dira un mot pour les collègues licenciés. « On aimerait bien, dit-il, que ces collègues sans qui rien ne pourrait se faire, sans qui un concert comme celui d’aujourd’hui n’aurait pas pu avoir lieu, on aimerait bien qu’ils ne soient pas licenciés ».  Des mots un peu plats après les chansons engagées qu’il vient de nous offrir, mais ça ne se fait pas de cracher dans la main de celui qui vous paie. Akhenaton est aussi un gentleman. J’aimais bien les paroles, maintenant j’aime aussi le bonhomme.

2 réponses vers “IAM et We are”

  1. pierresaouter a dit

    Moumoun est un véritable écrivain, dans l’âme, c’est tout ce qui compte!

  2. hako a dit

    akh ta marqué ma vie je suis fiere de croisé ten rap pour moi c l’étoile filente chill ten fan HAKO ….

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