arabealkitab1Au début, c’était comme revenir à l’école primaire pour y apprendre à lire et à écrire avec la maladresse d’un enfant de six ans. Avec le même émerveillement aussi, devant le   ج élégant aux allures de danseur et le ص bien lourd, avec son gros ventre et sa queue de scorpion. Je m’inquiétais surtout du sens de l’écriture, mais c’est un peu comme la conduite à gauche en Angleterre, ça donne une impression d’insécurité, mais on s’y fait plus vite qu’on ne croit. Et puis, toutes les lettres sont dessinées pour être écrites en cursive en se donnant la main (ou plutôt la queue) de droite à gauche. Pas moyen de se tromper de sens.Il fallait aussi répéter mille et une fois les mots formés de ces sons inconnus en français, le ق et le ع surtout, qui viennent de la trachée et non pas de la bouche. Apprendre l’arabe, me disais-je, c’est comme s’entraîner à courir un marathon, le ع ce sont les montées, qui obligent à respirer profond et brûlent la gorge ; le ق  les descentes sur l’asphalte, sèche et dure pour les articulations.

J’ai apprivoisé le ع grâce à mon ami Amr dont le عse cache sous la voyelle, produisant un léger râle qui doit s’entendre sans tendre vers l’agonie, inch Allah.   

 

Pour le ق, cet espèce de K coincé au fond de la gorge, mon apprentissage est loin d’être terminé, car les égyptiens, le trouvant trop sec sans doute, ne le prononcent pas.  Pas plus qu’ils ne prononcent le ج de Jamel, qu’ils traduisent Gamel. Imaginez un pays francophone où l’on dirait : « Elle est golie la gupe de Ganne », et tout le monde comprendrait sans effort que Jeanne a une jolie jupe.

Amr et le "point" sans points

Amr et le "point" sans points

 

La jellaba se porte donc très ample, en gallabeya. No stress.

 

Ajoutons que les voyelles se baladent un peu au gré de l’humeur – oua, oueu, oué -, et qu’elles prennent la forme d’accents si légers qu’on ne prend même pas la peine de les écrire, sauf dans le Coran, où la parole de Dieu ne doit pas être déformée.

 

L’arabe est une langue légère à la précision fantaisiste. Ça tombe bien, car j’aime la légèreté, et la fantaisie. Et j’aime aussi ce sentiment délicieux de comprendre peu à peu ce qui m’était complètement inaccessible il y a deux ans. Enfin, l’arabe, pour moi, ce n’est plus du chinois…

 

arabecalligraphie

 

Promis, le dernier article de Piétonne cairote sera en arabe, et même en arabe classique, puisque c’est celui que je connais le moins mal…

 

Une réponse vers “La langue arabe”

  1. Stéphane a dit

    Je viens de vendre ma méthode d’arabe. Un merveilleux livre CD dont je n’ai pas dépassé la page 4. Le logiciel comparait ma la courbe de ma voix avec celle de l’arabe classique. Humiliant.
    A part ça quand j’ai voulu essayer mes premier mots sur Salim mon chauffeur j’ai compris qu’il ne servait à rien de aire des efforts.
    —————
    A part ça les commes sur la note suivante ne fonctionnent pas.

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