De Garden City à Mounira

2008

 

  gardencity1.jpg         Garden City         5gardencity.jpg

 

 

Garden City est un ex beau quartier où ont été construits, au début du siècle, villas avec jardins et immeubles de rapport de quatre ou cinq étages. Le plan de ce nouveau quartier, coincé entre le Nil à hauteur de l’île de Zamalek, et le boulevard Kasr El Eini, a été tracé  par des architectes Art nouveau amoureux de la ligne courbe et l’on peut, si on est un peu rêveur, tourner en rond sans fin dans Garden City. Mais il est difficile de s’y perdre , car à un moment ou à un autre, on entend le bruit de Kasr El Eini, ou celui de la Corniche, nom donné au boulevard qui longe la rive droite du Nil.

 

 

Si on lève les yeux, on peut admirer de superbes façades, souvent décrépites, amputées de leur jardin, remplacés par de hideuses constructions qui les écrasent de leur hauteur.

 

 

Ma rue, la rue Ahmed Ragheb – un ancien Ambassadeur d’Egypte, je crois– est juste derrière l’Ambassade britannique, dont je regarde flotter les drapeaux. Pas trop de vent aujourd’hui, les drapeaux sont en berne. Un peu plus loin, l’Ambassade américaine, si bien que de barrage de police en barrage de police, on peut marcher jusqu’à la grande place El Tahrir. Les cairotes pestent de ne pas pouvoir circuler en voiture dans le quartier, à moins d’y habiter, et un journaliste prétendait même dans Al Ahram que tout le secteur était interdit aux égyptiens. Ce qui est faux : il est interdit aux automobilistes. Et je m’en porte très bien. J’ai maintenant mes circuits piétonniers, avec le moins possible de boulevards à traverser. Quoique je sois devenue pro de la traversée des boulevards. Question de nombre – plus on est nombreux à vouloir traverser plus on a de chance d’y arriver- ou de culot – le piéton tend la main pour stopper l’automobiliste qui lui fonce dessus et n’a pas vraiment intérêt à l’écrabouiller.

 

 

 

La forte présence passive des policiers est surprenante quand on arrive au Caire, mais on s’y habitue. Deux d’entre eux ont déjà voulu poser sur les photos que je prends en allant au travail.

 

 

Au premier carrefour, où stationne parfois un cycliste marchand de bananes, on rencontre un kiosque à journaux sur trottoir et un attroupement qui s’est révélé être un petit déjeuner en plein air. Les gens mangent du foul, plat de fèves concassées, et du pain baladi, sur les capots de voiture, ou sur des chaises installées sur le trottoir. Enfin, où ils peuvent se poser.

En face, coincée sur un bout de trottoir, une vieille dame en noir s’installe chaque matin avec ses quatre ou cinq cageots de légumes. Je l’ai vue un matin arriver en taxi avec ses cagettes sur la galerie.

 

 

A l’entrée de Kasr El Eini

 

A l’entrée de Kasr El Eini, les boutiques font leur apparition, journaux, quincaillerie et cuvettes de toutes les couleurs, fruits et légumes. Enfin, la traversée du boulevard, souvenir de l’angoisse des premiers jours. L’autre jour, me voyant hésiter, une brave dame m’a pris le bras d’autorité pour m’aider à traverser.

On entre alors dans Mounira, le quartier populaire où se trouve le Centre culturel. C’est tout de suite plus vivant : 

 

             

 

café où les hommes s’attablent dès le matin pour fumer le narguilé, petites boutiques, minuscules boutiques, kiosques où s’empilent eau en bouteille, chips et coca cola. A hauteur du kiosque, je traverse encore une rue où se ruent les taxis et le bus pour atteindre le trottoir qui longe un joli parc.

 

A l’angle du parc, là où le trottoir s’élargit, j’aperçois tous les jours la même famille de paysans qui décharge

ses légumes.

 

Une grand-mère écosse des petits pois, ou effeuille une salade. D’où sortent-ils ? De quelle campagne proche ? Où vivent-ils ? Ils ont remarqué mon passage quotidien, commencent à me saluer le matin. La lumière est très belle à cet endroit.

 

Fruits et légumes

 

 

 

cairelegumes3.jpg

 

Cent mètres plus loin, une école aux murs bleus, en face d’une mosquée verte et jaune à l’intérieur. Encore trente mètres, les cris des écoliers à travers les fenêtres sans vitres, des litanies scandées à tue-tête. Comment apprennent-ils dans ces conditions ? Et qu’apprennent-ils ? Dans les deux écoles que j’ai visitées, plus favorisées que celle-ci, tout le monde a l’air de travailler dans un brouhaha incessant, salles de classe donnant sur l’autoroute et le chemin de fer, où le prof s’époumone avec autorité, faisant écho à un autre prof qui s’époumone dans la classe voisine, tandis que les élèves ont l’air tout à fait résignés à ne saisir que la moitié du discours. C’est le règne du bruit, dans les classes, dans les bureaux, dans la rue. Le bruit n’a l’air de déranger personne, à part moi.

L’école du quartier est située à cinquante mètres du Centre culturel, et pourtant nul ne semble l’avoir visitée.

J’approche de la guérite, dis bonjour au policier occupé à prendre son petit déjeuner, puis aux deux ou trois gars, portiers, chauffeurs, factotum, qui sont supposés surveiller les allées et venues et vérifier le contenu des sacs des inconnus.

Que de choses à voir sur le chemin du travail !

 

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2 Réponses to “De Garden City à Mounira”

  1. omarlecheriaucaire said

    Un article très intéressant. Très bon travail !

  2. Je déplorais que ne nous arrivent du Caire que des courriels. Voilà un blogue qui va nous introduire à la vie quotidienne du Caire et réjouir le cœur des anciens et vieux voyageurs.

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