Bawabs et simsars

2008

 

  Deux corps de métiers qu’il faut connaître si vous souhaitez vous établir au Caire. Les simsars ne sont pas des bawabs, mais certains bawabs peuvent faire office de simsars. Bawab, de bab, c’est le portier, le concierge, l’homme à tout faire attaché à un immeuble, chargé, en principe, de l’entretien des parties communes.

Comme il ne leur vient pas à l’esprit que quelqu’un de normalement constitué puisse emprunter l’escalier quand il y a un ascenseur, ils nettoient au mieux jusqu’au palier du premier étage, au pire, jettent un seau d’eau dans l’entrée une fois par semaine. Le logement du bawab est le plus souvent un réduit, la loge, au pied de l’escalier. Son uniforme est la gallabeya beige sale, gris poussière, bleue ou marron. Mais il y a des exceptions.

Le premier bawab que j’ai connu, le jeune Mansour, avait un visage souriant, les yeux vifs, et une gallabeya brune qu’il relevait dans la ceinture quand il passait la serpillère, découvrant de jolis petits mollets. Il avait aussi une pensée pour les plantes vertes disposées dans l’entrée. L’appartement était au 4ème étage, trois pièces propres et une petite cuisine, sans clim mais avec ventilateurs, pour 1500 livres par mois.

       Mon premier appartement

Mon deuxième bawab, Ahmed, borgne et repoussant de saleté (gallabeya beigeasse) était le plus souvent représenté par une chaise vide devant l’entrée. Il balançait un seau d’eau de temps en temps dans le couloir, et ne se manifestait que pour réclamer son dû au début du mois, 25 livres passés à 50 en raison du coût de la vie, soit entre six et sept euros pour le plaisir de croiser son regard borgne deux ou trois fois par mois.

Mon troisième appartement, situé à proximité de l’Ambassade britannique, bénéficie de la présence de quatre bawabs, pardon, portiers-gardes de sécurité, sécurité pour laquelle je paie 200 livres par mois. Ils portent chemise et pantalon, et apparemment ne couchent pas sur place. Le bawab en chef, le plus âgé, tient un registre des comptes et fait payer les factures en vous expliquant de quoi il s’agit. Le bawab de nuit est un grand escogriffe au doux visage, avec un bonnet vissé sur le crâne qui lui donne l’air d’un rappeur. C’est lui que je croise le matin à 7h30 quand je vais au cours d’arabe. Chaque semaine je comprends un peu mieux ses tentatives de discussion. Le troisième bawab est un jeune moustachu qui fait sa prière de façon plus ostensible que les autres, étalant son tapis à proximité de l’ascenseur, le quatrième porte sa ferveur sur le front, une belle bosse de couleur mauve, mais je ne l’ai jamais vu se prosterner à côté de l’ascenseur. Peut-être, comme me l’a expliqué un collègue musulman, sa bosse n’est-elle que le résultat de cinquante ans de prières à raison de cinq par jour, cela fait tout de même cinq fois trois cent soixante cinq multiplié par cinquante, soit neuf mille cent vingt cinq prières, qu’il faut encore multiplier par le nombre de boums contre le sol. Pour peu que le tapis soit un peu rêche, le cal au front peut être considéré comme un aboutissement logique de la ferveur religieuse. Pas besoin de se le fabriquer. Pourquoi pas ? Gardons l’esprit ouvert. En tout cas, il est gentil comme tout mon bawab à bosse.

 

Et les simsars dans tout ça ? Quel rapport entre bawabs et simsars ?

L’autre jour, je demande au jeune moustachu de me prévenir si un appartement se libère dans l’immeuble, pour un ami qui n’est pas très content de son appartement. Tout de suite, il précise : moi simsar. Traduisez : frais d’avancement du dossier.

Le simsar est donc celui ou celle – il n’y a pas de bawabesses, mais il existe des simsars féminins- qui met en contact les propriétaires et les locataires potentiels. Dans le meilleur des cas, il possède un anglais spécialisé de base et travaille pour une agence officielle ou prétendue telle. La commission est alors d’un loyer pour le proprio et d’un demi-loyer pour le locataire. Dans le cas d’une agence officielle, il n’est pas exclu d’obtenir un reçu, à condition de le demander. Dans les autres cas, c’est de la main à la main, et toujours dans la rue. Les simsars sont généralement des jeunes débrouillards, spécialisés sur un quartier. Ils reversent des sous-commissions aux bawabs, qui leur servent d’informateurs. La commission que j’ai donnée à mon premier simsar, qui m’a refilé un appart très calme au-dessus d’une boîte de nuit connue, servira au moins à la promotion du français : je l’ai croisé l’autre jour parmi les étudiants du Centre culturel. Il a réalisé que le français pourrait lui être utile pour son business. Il roule dans une superbe bagnole neuve et porte costume et chemise blanche.

Je suis persuadée qu’un cours de français spécialisé pour simsars aurait un succès fou. Quand aux bawabs, une petite bourse d’étude serait sans doute nécessaire.

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