Mon premier mois au Caire

2008

 

    20 octobre 2007. J’ai beaucoup appris en un mois. Je croyais savoir des choses avant, qui s’avèrent presque toutes fausses : si, on peut marcher dans les rues du Caire, même au centre ville, à condition de bien se mettre dans le crâne que les piétons ne sont JAMAIS prioritaires. Apprendre à traverser les boulevards fut ma première épreuve. Mieux vaut ne pas essayer si on est fatigué, ou dans la lune. On peut aussi prendre le métro, qui est particulièrement propre et efficace, mais la destination des bus dans lesquels les gens montent en marche reste un mystère pour moi. Quant aux taxis, plus nombreux que leurs clients potentiels, ils passent leur temps à produire la musique des rues du Caire, ambiance klaxon assurée. Avec mon allure de touriste (je n’ai pas encore adopté le niqab, voile noir intégral avec ou sans fenêtre pour les yeux), je ne peux pas faire trois pas dans la rue sans qu’ils s’arrêtent à mon niveau, espérant quintupler le prix de la course.

   

Là aussi, j’ai appris qu’il faut bannir toute hésitation, et toute question, faire partie de ceux qui savent. Demander combien ça coûte vous classe tout de suite dans la catégorie du porte-feuille sur pattes et c’est parti pour des négociations sans fin dans un arabanglais de basse-cour. Moi qui avais du mal à retenir les nombres en arabe parce qu’ils ne me servaient à rien, je me débrouille très bien maintenant. Pour le reste, il y a encore du boulot.

On m’avait dit aussi qu’on peut se loger pour pas cher au Caire. Si on préfère la propreté à la saleté, et la vue sur le Nil à celle sur l’immeuble d’en face, ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai commencé par sous-louer l’appartement d’une étudiante franco-égyptienne, vieux et propre, mais, comme il était inoccupé depuis plus d’un mois, tout était recouvert d’une fine couche de poussière noire. Je dis bien une couche : j’en ai ramassé une pelle par pièce. Le produit d’un mois de pollution. C’est ça le plus dur à supporter, la pollution. J’en ai ressenti les effets pendant un mois, et j’émerge tout juste du stade de l’acclimatation : maux de tête, nausées, yeux et narines qui piquent, cerveau embrumé,  comme si j’étais shootée à l’oxyde de carbone. Maintenant ça va mieux, à la fois parce que la température est passée en dessous de trente degrés, et parce que mon organisme s’est habitué à prendre sa dose quotidienne…

Quand je me suis mise à la recherche d’un autre appartement, je me suis retrouvée à visiter des taudis et des palaces délabrés, que de poussière, entre 8 heures du soir et 2 heures du matin, heures de travail ordinaires, surtout en période de ramadan. Là, les rues sont pleines, et les embouteillages à leur paroxysme. J’ai connu une réparation de climatiseur à minuit, et des retours à pied passé deux heures du mat, en slalomant de la rue au trottoir, au milieu d’une foule compacte. J’ai suivi le rythme ramadan, car je n’avais pas toujours le temps, ni la possibilité de manger le matin et le midi, mais en gardant ma gourde d’eau sous la main.

Après avoir visité une trentaine d’appartements autour de 500 euros, j’ai fini par me décider pour un qui semblait moins crasseux que les autres, situé dans un vieil immeuble du centre ville. De hauts plafonds,  des peintures propres, ameublement de bon goût. Erreur : les belles tentures cachaient des placards remplis de saletés, et les couvre-lits propres des matelas maculés de tâches. Les fenêtres donnaient soit sur un puits de jour, soit sur l’immeuble d’en face, apparemment désaffecté. Vue plongeante sur les papiers et autres déchets que les gens balancent du haut des balcons. J’ai acheté deux matelas neufs au magasin Omar Effendi, trois rues plus loin, et ma demande de livraison à domicile ayant  été acceptée bien que ce fût un vendredi midi à l’heure de la grande prière, je suis rentrée chez moi suivie par les deux matelas portés à dos d’homme. Il s’avéra très vite que la machine à laver ne marchait pas, que le climatiseur perdait son eau dans le salon en produisant un bruit d’avion au décollage, que la cuisine sans fenêtre carrelée de noir abritait une famille de cafards qu’il a fallu exterminer, et que le « bawab », nom porté par les concierges égyptiens, était borgne et peu enclin au nettoyage. Les deux sacs de gravas posés à gauche de l’escalier ont fait des petits, dix jours plus tard, c’était une montagne qui dépassait la hauteur des marches. La fin du ramadan a marqué la reprise des activités mécréantes, et une boîte de nuit toute proche, dont j’ignorais l’existence, a envahi l’espace sonore de ses vibrations techno jusqu’à l’aube. Sans compter les cris et les rires des fêtards entre les deux immeubles.

Après deux nuits blanches malgré les boules quies, je suis repartie à la recherche du logement idéal. En doublant le budget, j’ai trouvé assez vite un très bel  appartement au 8ème étage d’un immeuble, en face de l’Ambassade d’Angleterre. Vue sur le Nil côté salon, sur le Grand Hyatt et le Four Seasons côté chambre. C’est grand, tout est neuf, je respire.

                     

 

     

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