Un vendredi à la Citadelle

2008

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Un vendredi comme les autres. Une foule d’égyptiens en famille descendent des bus, s’avancent vers l’entrée de la Citadelle et s’agglutinent sur un goulot d’étranglement qu’on croit être un guichet. En réalité le guichet est un peu plus loin, mais pas grand monde n’a l’air de payer à part les rares touristes.

Pour passer les premiers, les gens n’hésitent pas à vous doubler, à vous bousculer, à vous pousser du ventre pour se frayer un passage. Ce n’est pourtant jamais une question d’urgence, c’est juste comme ça, la personne qui vous précède dans la file est considérée comme un problème à éliminer : il n’y a qu’à passer par dessus.

C’est l’heure de la grande prière : pendant que les hommes se prosternent, les femmes et les enfants, et aussi quelques hommes au front plat, piquent niquent devant l’entrée de la mosquée. Quelques femmes prient aussi, dans le fond de la salle, dos au mur, sans doute pour qu’on ne voie pas leur derrière. Dans la cour, au pied de la fontaine aux ablutions, c’est un défilé varié de jeunes et de vieux, de familles, de couples qui se prennent en photo, de voiles de toutes les formes et de toutes les couleurs.

                         

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Principal intérêt de la Citadelle, son point de vue sur le Caire et sa chape de pollution. Au loin, on aperçoit dans la brume ocre les silhouettes des pyramides.

Décidément, je préfère Ibn Tulun, son calme souverain.

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Je fais le tour de la Citadelle côté Moqattam pour rejoindre la Mosquée bleue, mais le long du boulevard, je mange de la poussière et me gave de klaxons et de pots d’échappement. Pénible. Finalement, par une rue étroite, au bout d’un cimetière habité, on accède à cette fameuse mosquée, en travaux. Le mur du fond, en direction de la Mecque, est couvert de céramique bleue de l’époque ottomane. Très bel ensemble, un peu gâché par les échafaudages. Et le type qui vous autorise à monter au minaret moyennant bakchich me poursuit jusque dans la rue pour me réclamer les sous que je lui ai déposée sur la chaise à l’entrée, pendant qu’il harponnait trois autres touristes.

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Presque trois heures, à jeun, je tente l’overdose de mosquées, sentant bien que c’est une de mes dernières marches dans le centre ville. Avec le printemps, la pollution se fait de nouveau sentir. Je me présente à l’entrée de la mosquée du Sultan Hassan, de l’autre côté de la citadelle.

– Muslim only, fait le type en veste jaune qui surveille l’entrée.

– Et après la prière, c’est possible, je lui demande en arabe?

– Yes, après la prière, moumkin.

– Et c’est quand la fin de la prière?

– A trois heures.

Je regarde ma montre : il est trois heures moins dix. Bon, alors dans dix minutes, ça va. En fait, j’attends plus de vingt minutes et bientôt d’autres visiteurs se pointent : un groupe d’anglais dont une blonde boutonneuse soigneusement voilée pour la circonstance.

– Muslims?

– Euh, non, répond la jeune guide.

Les anglais restent à la porte. Arrivent alors quatre jeunes en jeans dont deux filles aux cheveux courts.

– Where are you from?

– Turquie

– Turquia? Bon, alors allez-y.

Je la trouve un peu saumâtre :

– Bon. Si c’est comme ça, moi aussi je suis turque! D’ailleurs, mon père était turc.

– Turquia, muslims, fait le type imperturbable.

– Ah oui, et comment vous savez qu’ils sont turcs? Et musulmans?

Il ne veut rien entendre. Je finis par entrer, mais ne peux pas visiter la madrasa, car la prière n’est toujours pas finie. Mosquée austère, entourée de hauts murs, comme une forteresse. Ou une prison. Une belle brochette de mecs se prosterne en rythme devant le mihrab et une brochette de femmes, de l’autre côté de la cour, dos au mur, les imitent. Au moins les choses sont claires : les hommes devant, au plus près de Dieu et les femmes derrière.

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Je rentre épuisée. Difficile de savoir s’il vaut mieux marcher dans la pollution et la poussière que ne pas marcher du tout. Et mon seuil de tolérance diminue singulièrement quand je suis crevée.

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