Chocolat suisse devant le Sphinx

2008

 

Après quatre mois au Caire, je me décide enfin à aller aux Pyramides. Prends un taxi jaune sur la place Tharir. Trouvant la course peu rentable, je suppose, le chauffeur me fait faire le grand tour par l’entrée du Sphinx, où un type entre dans la voiture pour me proposer je ne sais quoi. Je lui dis de me laisser tranquille, que je veux juste marcher tranquillement sur le plateau. J’ai juste besoin de prendre l’air, et de faire fonctionner mes muscles à l’abri des pots d’échappement. On continue à longer le site par la rue des concessionnaires de balades à cheval et à dos de chameau. Il me semble bien qu’on a passé l’entrée… Encore deux ou trois tentatives de vente de services et d’objets divers et le chauffeur se résout à faire demi-tour et à me déposer enfin à l’entrée. Le compteur affiche 25 libres, je lui en donne 30, c’est généreux après tous ces détours. Arrivée sur le sphinx. Ça sent nettement la crotte de chameau et de chevaux. Il y a beaucoup d’égyptiens en week-end et peu de touristes. Beaucoup de vendeurs aussi, avec leur insistance pénible. Je m’en sors avec quelques mots d’arabe : «  Je ne veux rien, juste regarder les Pyramides et me promener, seule ».

Je marche assez loin sur le plateau de Guizeh, pendant deux bonnes heures. La ville est partout, elle encercle le socle immense d’où émergent les trois formes parfaites. Seul le côté sud ouvre sur le désert.

Au loin, en escaladant un peu Mykerinos, on aperçoit la pyramide à degrés de Sakkara. J’avise une colline où grimper pour explorer la possibilité de marcher plus loin dans cette direction, mais me fais refouler par un policier sur son chameau, perché au sommet.

A trois heures et demie, presque tous les bus s’en vont. C’est là que la lumière est belle. Bientôt, les employés commenceront nettoyer les chaises pour le son et lumière.

Le vent frais souffle moins fort à l’abri du Sphinx. Beaucoup d’enfants vendent des petits objets. Le nouveau truc : donner une bricole « no money, no money, french, Zidane… ». Puis, au moment de se quitter, après dix minutes de conversation qu’on finirait par croire amicale, on entend le mot magique : « Money ! » ou « Bakchich ! ». Furieuse de m’être encore une fois fait embobiner, je rends l’espèce de torchon à la Yasser Arafat que le gamin m’avait fourré dans la main. Si seulement ils pouvaient comprendre que ce n’est pas la bonne méthode pour s’en sortir. Revenir à une vision plus saine de la réalité : le touriste, même moyen, n’est pas un portefeuille sur pattes. Ne pas faire semblant de s’intéresser à lui pour mieux le plumer.

 

Je m’assieds sur la murette et me mets à écrire dans mon carnet. En voilà un autre avec des cartes postales « cadeau ».

– J’écris des e.mails, pas des cartes postales, je lui fais.

Il est mignon en plus, l’air très doux, très patient, décidé à attendre que je me décide.

– Zidane? murmure-t-il sur un ton interrogatif.

Je ne sais pas s’il a dans l’esprit le Zidane français ou Mohamed Zidan, non moins célèbre joueur de football égyptien.

Finalement, je sors ma plaque de chocolat et lui en offre un morceau avec un petit pain. On se fait un petit goûter tous les deux devant le sphinx. Il a l’air d’apprécier. Du coup, je lui laisse le reste de mon pique nique, qu’il ne refuse pas, et tout le chocolat suisse, la moitié d’une plaque, plus précieux pour moi qu’une ou deux guinées. Pour lui aussi, si j’en crois son sourire.

3 Réponses vers “Chocolat suisse devant le Sphinx”

  1. hashem said

    very nice photo of pyramid …
    thanks a lot 🙂

  2. josiane said

    et lui t’a t’il donné les cartes postales ? je suppose que non car le pauvre doit rendre des comptes a son employeur qui l’exploite .ton gouter lui a surement permis de se remplir un peu l’estomac !

  3. bsaouter said

    J’ai retrouvé dans mon tiroir la carte qu’il m’a donnée. Derrière j’avais écrit : « Souvenir du jeune Mohamed devant le Sphinx, à qui j’ai donné du chocolat. Lui m’a donné un paquet de cartes postales toutes aussi moches les une que les autres. J’ai choisi celle-ci et lui ai laissé le reste de mon pique-nique. »

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