Le roi du quartier

2008

Recherche d’un appartement avec une collègue nouvellement arrivée.

Comme convenu au téléphone, on attend le simsar devant le Fridays sur la rue du Nil. Evidemment, lui nous attendait à Zamalek devant le Marriott. Son niveau d’anglais, comme d’habitude, n’excède pas le baragouinage. On finit par le rencontrer 40 minutes plus tard. Direction Zamalek. Pour 1000 euros, on nous épargne les bouibouis les plus sordides. Mais c’est un défilé d’apparts couverts de marbre avec colonnes et déco dits «  à la saoudienne », clinquants, propres heureusement (ce qui est rarement le cas pour 500 ou 600 euros), vues improbables sur le Nil, et ascenseurs hors d’âge. Le simsar, fringuant, y va de ses promesses qui ne sont que des vantardises : «  show you other appartment, very nice, very nice, good price ». Arrivés sur les lieux, discussion avec le bawab couleur poussière. On comprend qu’il lui demande comment est l’appartement. Ne l’a jamais vu, évidemment. En réalité, il fait comme tout le monde, la tournée des bawabs. La recherche des clés est problématique, l’ascenseur hors service, l’appart super nice à 1000 euros est au 8ème étage…

La moutarde commence à nous monter au nez. On abandonne la partie après qu’il ait heurté la voiture garée devant lui, dont l’alarme se met à hurler. Deux flics nonchalants s’approchent. Courte discussion. Les policiers s’éloignent en lui faisant signe de repartir. On s’informe :

 – Qu’est-ce qu’il a dit?

– Oh, il voulait de l’argent.

– Et qu’est-ce que tu as répondu?

– Qu’ici c’est ma rue, c’est mon quartier, ici, c’est moi le chef.

 Ah bon ! Moi qui croyais que le flic allait le sermonner un peu, sinon le verbaliser… Vieux réflexe d’occidental. Il voulait juste un bakchich pour le prix de sa non-intervention.

 On rentre en taxi. Coincées, au touche-touche dans les embouteillages sur le pont. Il est presque minuit. On se gave d’oxyde de carbone et de particules crachées des pots d’échappement. Personne n’a l’air de se rendre compte de la situation. Apocalypse now. Tout le monde au radar, complètement drogué. On pourrait tourner comme ça pendant des heures  autour de la place Tahrir. Remontée dans Talaat Harb, idem : c’est un tourbillon dans lequel une foule s’engouffre, comme mue par un mouvement perpétuel. Jamais ça ne s’arrête, jamais ne se repose. Fascinant. Est-ce que vraiment on peut s’habituer ?

4 Réponses vers “Le roi du quartier”

  1. josiane said

    hé oui on s’y habitue ,pas le choix !

  2. Nagui said

    Mais c’est justement ça qui fait le charme de l’egypte. au moins y a des choses qui se passent , des histoires à raconter, des surprises continuelles plus au moins bonnes. Il faut juste prendre du recul et s’amuser avec ce qui se passe. Là, on arrive à voir le bon coté des choses et on en prend même plaisir. a toi de choisir de quel coté manger le gateau !

  3. bsaouter said

    Ce texte date de mes tout premiers mois au Caire, ce qui explique ma réaction de « novice ». Depuis il y a beaucoup de choses auxquelles je me suis habituée, et qui, tu as raison, permettent de voir la vie du bon côté. Il y en a d’autres, par contre, auxquelles je ne m’habituerai pas, comme la circulation en croissance vertigineuse, et la pollution qui l’accompagne, et qui rend les gens fatigués ou malades. J’exagère? A voir dans un prochain article…

  4. bsaouter said

    Autre chose à quoi j’ai du mal à m’habituer : la misère devant mes yeux. Voir l’article que je viens de publier  » mouchoirs en papier ».

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