Abousir et Meidoum

2008

Entre les Pyramides de Guiza et celles de Sakkara, on perçoit celles d’Abousir, monticules de cailloux et de sable qui n’ont pas l’allure de leurs ancêtres, mais présentent l’avantage d’être fermées au public, c’est-à-dire ouvertes, moyennant bakchich et/ou autorisation spéciale du Conseil suprême des antiquités.
La plus au nord, à deux kilomètres de Sakkara à vol d’oiseau, est pourvue d’une belle rampe d’accès dallée et d’un temple qui recèle quelques vestiges intéressants, même pour un néophyte : restes de colonnes hiéroglyphées, restes de dallage en granit noir.

Mais le plus agréable, c’est de marcher en direction du désert, ou vers Sakkara en longeant la palmeraie, qui abrite quelques belles demeures ouvertes sur le désert, et, de l’autre côté du Nil, les cimenteries, heureusement assez loin. Pourquoi faut-il toujours que la beauté soit gâchée par une de ces verrues de l’industrie nasserienne ?

A hauteur de la pyramide du sud, en faisant demi-tour pour éviter d’aborder des terrains balisés par de hautes clôtures barbelées – pourquoi ne peut on jamais faire plus de cent mètres dans le désert sans tomber sur une zone militaire ?- on tombe sur un panneau Entrée interdite, puis sur deux policiers  montés sur chameaux qui se demandent ce qu’on fait là. On fait semblant de ne pas comprendre.

– C’est fermé, c’est interdit.

Ben oui, on sait, mais pour le bakchich, allez voir le portier. On ne va quand même pas arroser tout le monde.

Le jeune homme qui voulait nous accompagner tout à l’heure nous rejoint :

– No speak to policeman.

– Yes, yes.

– Go this way, no speak, OK?

– Yes, yes.

Méandre des hiérarchies et des partages de bakchichs. On les laisse se débrouiller entre eux, et on reprend la petite route qui longe le canal. Casse-vitesse sur casse-vitesse. Traversée de bleds miséreux. Enfants rentrant de l’école, tout de beige vêtus. Remplissent leur bouteille à la pompe qui prend l’eau du canal. Bon, ceux-là ne sont pas morts avant cinq ans, ils doivent être immunisés. Des ânes, des charrettes, des chameaux de trait chargés de gros ballots d luzerne.

Peu à peu les habitations s’estompent, le canal paraît presque propre sans les détritus qui le noient dans la merde des riverains. Au carrefour de Dahchour, un policier nous indique la direction de Meidoum. 25 kilomètres, dit-il, ce qui nous décide à pousser jusque là. En réalité, c’est presque le double. Mais le paysage devient bucolique le long de la palmeraie.

 

On aperçoit enfin la pyramide de Meidoum en lisière des cultures. Elle est beaucoup plus impressionnante que je ne pensais, une espèce de gros tas de sable surmonté par une mastaba-forteresse, puis une deuxième, puis une troisième, qui était peut-être en forme de pyramide. Le site est gardé par des militaires. Sur l’esplanade, au nord, sont alignés sur le sable quelques sarcophages et restes de statues.

Il faut monter s’asseoir à l’ombre au pied de la première muraille et admirer la vallée verte en compagnie d’un jeune soldat. Armé et bon enfant, comme la plupart de ses congénères. Il ne doit pas passer grand monde sur le site. Ils ne nous lâchent pas d’une semelle, et pousseront l’amabilité (ou la sécurité) jusqu’à nous escorter vers la route du désert qui nous ramènera au Caire.

Meidoum est considérée comme la plus ancienne pyramide. Elle a été élevée sous Snefrou, père de Khéops. C’est lui qui a fait construire les pyramides de Dahchour, la rouge et le flan renversé. On lui attribue un règne long et paisible.

Dans la mastaba des princes, on a retrouvé les fameuses oies de Meidoum, la plus ancienne frise connue, qui date de 2700 avant Jésus-Christ.

 

Le site dégage un charme particulier, une fraîcheur inhabituelle, sous l’influence de la vallée toute proche. Même les gardiens armés vous accompagnent avec une sorte de nonchalance. Un petit air du sud, déjà.

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

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7 Réponses to “Abousir et Meidoum”

  1. josiane said

    15 ans d’Egypte et meidoum connais pas,juste vu de loin !v falloir que j’y aille

  2. pat said

    T’as tout dit 🙂
    Moi, j’avais adoré !!!
    (ainsi que de ramper dans la mastaba!)

  3. bsaouter said

    C’est vrai, j’avais oublié, j’en suis sortie couleur sable, sous le regard amusé des ramasseurs de backchich.

  4. ludo said

    le mastaba de Meidoum est bien, mais dans le temps, à Abousir, on pouvait entrer dans une pyramide écroulée (celle de Neferirkaré ? je ne sais plus) en rampant dans les déjections de chauve-souris avec les bestioles affolées volant au dessus. Un grand moment, et l’odeur est tenace en plus.

  5. Jo said

    Trè intéressante cette ballade,je ne connaissais pas et je découvre avec grand plaisir. Je reviendrai en visite sur ce blog.
    A +

  6. Erwan (son mari) said

    y en a qui se paye du bon temps pdt que d’autre (moi)s’occupe de la maison, du ménage, des papiers…. bon la prochaine fois c’est moi qui part..:-)
    Continues avec tes histoires ma petite chérie. Super!

  7. Colette said

    Eh, oui, Bénédicte ne sait pas ce qui l’attend à la fin de l’année scolaire !
    Il faudra qu’elle raconte encore et encore …
    Les grains de poussière n’ont qu’à bien se tenir !
    Ou alors comme chez moi, un courant d’air et les  » minons  » (se dit dans le sud du Jura, ou « moutons ») vont se ranger gentiment derrière les portes, prêts à écouter Bénédicte.

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