Wadi Degla et les chiens

2008

 

Un vendredi matin, fin mai. Il fait chaud, l’air est lourd. Sortir ? Pourquoi faire ? Ce qu’il me faut, je le sais, c’est sortir du Caire, marcher, respirer de l’oxygène. A deux heures, je me décide à bouger, seule. Personne ne répond au téléphone. La facilité, c’est de rejoindre Maadi en métro, puis de prendre un taxi pour Wadi Degla. Je paye les cinq livres pour entrer et commence à marcher.

http://www.cairohash.com/

Un kilomètre plus loin, je rencontre un groupe de randonneurs anglophones joviaux qui m’invitent à me joindre à eux. « We are the Hash of Cairo, are you walking with us? ». Je décline l’invitation, car j’ai l’intention de rejoindre le sentier qui surplombe la vallée, mais du côté opposé. On m’avait déjà parlé de ce groupe de barjos qui se donnent rendez-vous tous les vendredis à Wadi Degla pour courir ou marcher.  Plus loin, je rejoins le groupe de joggers, qui s’achemine vers le haut de la falaise. Eux aussi m’invitent à les « joindre ». Pourquoi pas puisque c’est aussi ma direction. On contourne un promontoire rocheux et on surprend un couple de chouettes dans une anfractuosité, qui nous regardent avec des yeux ronds.

En quelques étapes, pour permettre aux plus lents, et aux plus rouges, de nous rejoindre, on atteint le haut du plateau. Vue de l’autre côté sur quelques usines et sur la route d’Aïn Sokhna. Le meneur du groupe, torse nu, frétillant comme un gardon après trente minutes de course en plein cagnard, annonce le signal du retour. C’est là que je quitte les Hash of Cairo, car j’ai décidé de marcher le plus longtemps possible en direction du fond de la vallée. De m’éloigner de cette odeur de soufre ou de je ne sais quel produit chimique qui plane encore dans l’air. Le sentier suit les crêtes, plus escarpé que je ne croyais.

La vue sur l’autre versant est très belle, sauvage, mais sur ma gauche, la route vers Aïn Sokhna me rappelle que je suis dans un faux désert. Je marche longtemps avant de m’aviser qu’il serait prudent de redescendre dans la vallée pour un retour sans danger.

En haut, la solitude est totale, ce qui n’est pas pour me déplaire, mais il ne faudrait pas se faire surprendre par la nuit. Déjà cinq heures trente. Un demi-tour s’impose. Mais un peu plus loin, j’aperçois un passage en pente plus douce qui permet de redescendre vers le sentier principal, au fond de l’oued. Bon, j’en ai pour trente minutes maximum, me dis-je. 

C’était compter sans les méandres du sentier qui contourne les massifs rocheux. Quand j’atteins mon but, presque une heure plus tard, je tombe sur la borne indiquant le kilomètre huit. J’en ai plein les pattes. Huit kilomètres sans dénivelé, certes, mais huit kilomètres quand même, et la certitude de finir dans la nuit. Plus haut, j’ai aperçu une chienne avec son petit, qui s’est mise à aboyer. Avec ou sans maître ? Je ne m’inquiète pas trop quand même, car je compte sur les quelques véhicules qui doivent se trouver entre le fond de la vallée et moi. J’ai croisé un 4×4 alors que le soleil se couchait. Les deux ou trois derniers kilomètres, je les fais de nuit, mais il n’y a pas de danger, le chemin est large et peu accidenté.

Peu avant la porte, je m’arrête pour remettre les jambes de mon pantalon-short. C’est alors qu’un chien se met à aboyer. Imité par une dizaine d’autres. Une vraie meute, qui doit se trouver de l’autre côté de la porte. Pas le choix, il me faut attendre que la voiture repasse et espérer qu’elle s’arrêtera pour me prendre à son bord. Dix minutes plus tard, je me place dans les phares au milieu du chemin. Ouf, c’est une jeune famille franco-suisse qui accepte de me déposer à la station Sakanat El Maadi. On passe à travers la meute de chiens hargneux qui nous poursuivent en gueulant.

Je suis de retour à neuf heures passées. Marché quatre heures et demie. Piétonne invétérée, à mes risques et périls.

 

5 Réponses vers “Wadi Degla et les chiens”

  1. cecile said

    Je n’y suis jamais allée……. mais avec les températures actuelles, je n’en ai guère le courage…..
    Ce qui manque vraiment beaucoup au Caire, ce sont des endroits « où l’on peut se promener » ! Souvent les WE, nous restons enfermés, car zéro envie de se promener dans les rues poussièreuses et bruyantes.

    Merci pour ce texte !

  2. Colette said

    Quelles belles vues !

  3. josiane said

    il faut toujours avoir des croutons de pain dans les poches quand on rencontre ces meutes de chiens !

  4. erwan said

    Elle est folle cette nana…. elle aurait pu se faire bouffer par des cheins errants! mais ca fait 25 ans qu’elle me fait de coups comme ca. Et puis c’est grace à sa témérité qu’on se régale avec de belles histoires sur son blog.

  5. Bénédicte said

    T’inquiète pas, la prochaine fois, je remplis mes poches de croutons.
    Wadi Degla, c’est quand même le lieu le plus proche du Caire pour marcher ou courir, sans être obligé de suivre les « hash of Cairo ».

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