Pigeonnier du Fayoum

2008

 Il y a sur la rue du Nil, en remontant vers le pont de l’Université, un bateau qui porte le doux nom de Casino des pigeons. Celui-là ne doit pas attirer beaucoup de français. Sauf peut-être ceux qui confondent pigeons et tourtereaux. Dans le Fayoum, il y a aussi de beaux pigeonniers de boue séchée, qui accueillent les volatiles avant qu’ils passent à la casserole. Et une sorte de motel qu’on pourrait rebaptiser « lodge des pigeons ». Lors d’une brève visite de reconnaissance, j’avais repéré près du village de Tunis, à l’extrémité est du lac Qarun, ce soi-disant ecolodge, muni de cases en pisé sans confort, et d’une piscine (écologique ?) à l’eau un peu trouble. Pourtant l’endroit est agréable, surplombant le lac, loin de la route, propice au repos. Mais les belles moustiquaires au-dessus des lits laissent augurer des soirées pénibles. En cinq minutes à pied, on rejoint Tunis, paisible village connu pour son école de poterie. Pour la trouver, il suffit de demander Madame Evelyne, prénom de la dame suisse qui l’a créée.  

Dans mon obsession de sortir du Caire chaque week-end, pour faire le plein d’oxygène, je me décide à passer une nuit à l’ecolodge, faute de mieux. Heureuse surprise, j’apprends qu’un transport est prévu, départ du Caire à treize heures, tout près de chez moi : Quelle aubaine ! Mon ami T, de passage, décide de m’accompagner. A 13h, on stationne à Saad Zaghloul, sous un arbre. A 13h30, deux jeunes américains nous rejoignent. Peu avant 14h, un minibus flambant neuf arrive, mais on attend toujours deux personnes. Départ vers 14h30. Jusqu’ici tout est normal. Sauf le prix, un peu élevé tout de même pour un minibus presque plein aux horaires variables (70 livres par personne).

Arrivée deux heures plus tard à Tunis. L’accueil est minimaliste et les cases suffocantes. L’écologie admet la piscine, mais pas les ventilateurs. D’ailleurs, il n’y a pas de prise dans ma case, ni la moindre ampoule électrique.

Le frigo du restaurant propose quelques bouteilles d’eau, du coca, et beaucoup de Stella. Le lieu héberge une faune sympathique de touristes hors sentiers balisés, de couples mixtes, d’anglophones, et d’artistes au téléphone bavard.

Pas le moindre souffle de vent, et une température dépassant les 40 degrés. Avant de sombrer dans une sieste inconfortable, on se renseigne sur les horaires du retour le lendemain. Une heure trente, ou alors cinq heures. Va pour cinq heures. On se décide pour l’excursion dans la vallée des baleines, Wadi El Hitan et Wadi Rayan, à condition de partir à six heures et demi du matin. Les balades dans le désert par 40 degrés, j’ai déjà expérimenté, ce n’est plus de mon âge.

Un décalage flagrant avec les résidents du lieu nous font passer une nuit bien courte, car l’écologie, c’est aussi la liberté de chacun de parler fort, rire, boire et fumer jusqu’à 4 heures du matin.  Et les matelas de bourre bien durs me rappellent ce que vivaient nos ancêtres moins chanceux que nous.

A six heures trente, un jeune en galabeyya claire nous attend, avec une auto ordinaire, ni 4×4 ni dernier modèle. Mettant ses amortisseurs à rude épreuve, il nous conduit par la piste jusqu’à l’entrée du parc naturel, et se met à l’ombre pour nous attendre. Retour avant 4 heures, pour être sûrs de ne pas rater la navette. Douche, sieste laborieuse, même à l’ombre de la paillotte collective.

Question au patron, avachi sur son fauteuil à l’entrée. La navette ? Cinq heures inch Allah. Evidemment. A cinq heures et demie, voilà le minibus qui rentre. Une demi-heure plus tard, question au patron. On attend d’autres personnes. Combien de temps ? Pas longtemps. Il a vraiment l’air de se foutre de notre gueule, ou alors il a trop fumé la moquette, comme on dit par chez nous. Les deux, à mon avis. Six heures et demie, re-question au patron : les personnes qu’on attend sont parties en excursion. Où ? Ben, la même chose que nous le matin. Sept heures : il daigne téléphoner. Pas de réseau. Huit heures, la moutarde commence à me monter au nez, et d’avoir vu le jeune chauffeur donner la moitié de nos billets  pour remplir les caisses du logde laisse soupçonner une façon de considérer le touriste comme un pigeon à plumer, après l’avoir farci de poncifs écologiques de pacotille.

Si on ajoute que la bouffe est dégueulasse, que chiens et chats se nourrissent à même les tables, finissant les assiettes des clients, et que les serveurs ont perdu le sourire, vous rompez brusquement avec le peace and love de rigueur et vous haussez le ton. Et le type répond :

– Vous voulez prendre le minibus qui passe au prochain carrefour? Allez-y.

– Exactement, c’est ce qu’on va faire.

– Le chauffeur va vous emmener.

Le chauffeur, qui n’y est pour rien, nous réclame quand même trente livres, que le patron l’a chargé de nous extorquer pour cet ultime « service », .

Le minibus part aussitôt, une heure et demie plus tard on arrive au Caire, 7 livres la course, mais à tombeau ouvert. C’est là qu’on se dit, comme tous les occupants : «  Dieu pourvoira ». Pas le choix. On était douze, plus deux toutes petites filles sur les genoux de leurs jeunes parents, et un gros sac d’oignons sur le toit. Un minibus normal, quoi, en meilleur état que la moyenne des minibus. Et finalement, Dieu a pourvu. Dieu merci.

 PS : ce n’est pas mon habitude d’écrire des articles vengeurs comme celui-ci, mais là, j’étais vraiment fâchée. Espérons que ce n’était qu’un mauvais hasard… Prochain article : la vallée des baleines.

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4 Réponses to “Pigeonnier du Fayoum”

  1. Nagui said

    aie, evidement c’etait pas la meilleur idée d’aller au fayoum en plein mois d’aout. un mot d’ordre, piscine et hotel de luxe en week end. voilà la solution.

  2. josiane said

    nagui a raison on ne va pas au fayoum l’été ,ici tout le monde le sais !
    autre chose ! pas du tout le mème vécu a l’echologe ,bon bouffe, soirée sympa !bon d’accord c’est pas un cinq étoile ,mais ça change !

  3. pat said

    J’espère au moins que tu t’es un peu ratrappée sur la valée des baleines …. 🙂

  4. gautier said

    Bonjour,
    j’ai cherché le lien contacts mais je ne l’ai pas trouvé. J’ai visité avec intérêt votre page où l’on peut admirer de très jolies photos, notamment de pigeonniers.
    Je travaille actuellement sur une expo sur les pigeonniers dans le Nord de la France.
    Je fais partie d’e l’association (Bouvignies Hier et Aujourd’hui) et je souhaiterais donner à voir des pigeonniers étrangers (Egypte, Grèce, Mésopotamie) pour retracer un historique des constructions de ces édifices. Cette exposition prendra place au sein d’un pigeonnier du 18e s., seul vestige d’un domaine seigneurial du XVIe s.
    (voici un article de presse à ce sujet: http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Douai/actualite/Autour_de_Douai/D_Escrebieux_en_Pevele/2010/03/07/article_la-restauration-du-musee-de-la-colomboph.shtml)
    Disposez-vous de photos ce ce type en grande résolution que vous voudriez bien que j’utilise pour mon exposition?
    Merci d’avance

    Laurent Gautier

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