Hymne à la joie

2008

 

Depuis la mort de Soeur Emmanuelle, la semaine dernière, il y a eu beaucoup d’articles, beaucoup d’hommages et de témoignages. Je ne saurais en dire davantage, et je n’ai pas, comme Nagui, la chance de l’avoir rencontrée. Mais si je devais retenir un seul mot de cette petite bonne femme à la voix de fillette, ce serait la Joie. Cette joie qu’elle a ressentie quand, à l’âge de 62 ans, elle est arrivée chez les zaballin :

« Ce qui m’a étonnée, dit-elle, ce fut de me retrouver ainsi, la soixantaine passée, dans un monde que j’avais ignoré, dont je ne parlais pas très bien la langue, plongée dans cette misère matérielle, et d’éprouver malgré tout un sentiment de joie comme je n’en avais jamais connu. J’avais atteint mon but. »

Son but, c’était donc la joie, pas la charité, pas la satisfaction d’avoir gagné son paradis en faisant une « Bonne Action ».

« Les BA, racontait ma mère, qui a passé huit ans de sa vie en pension chez les sœurs, consistaient à laisser notre dessert « pour les pauvres », et à retrouver le même dessert deux jours plus tard dans notre assiette. Il y avait aussi le papier aluminium qui entourait le chocolat, et dont il fallait faire des boules « pour les petits chinois ». Ce que les petits chinois pouvaient bien faire de boules de papier alu, nul ne l’a jamais su. » A fréquenter ces sœurs-là, ma mère avait perdu la foi, allez savoir pourquoi.

 » Dans les bidonvilles où j’ai vécu, raconte Sœur Emmanuelle, Madeleine Cinquin de son vrai nom, on rigolait. Pas tous les jours, bien sûr, mais la joie régnait, une joie profonde, qui tenait à la solidarité ».

Solidarité, le mot est lâché.

Etre solidaires : se sentir liés par une responsabilité et des intérêts communs, dit platement le Petit Robert. Mais la définition concrète a une tout autre allure : « se dit de pièces liées dans un même mouvement par contact direct, par engrenage, ou par intermédiaire » . Car la solidarité est bien autre chose qu’un ressenti, l’instinct qui pousse à protéger ses intérêts, communs ou pas ; la solidarité est une réalité tangible, un contact direct avec le monde, la famille proche d’abord, les amis, puis, par engrenage, les amis d’amis, et ceux qu’on découvre chemin faisant, par intermédiaire, ou par hasard. Ceux qui pensent qu’il ne faut rien laisser au hasard ont tort. Il faut au contraire toujours laisser quelque chose au hasard, qui tient le rôle indispensable de l’huile dans les rouages.

La solidarité est le bras droit de la joie. Cette joie simple exprimée par Claire, une jeune coopérante que j’aimerais bien rencontrer :

« Je suis revenue ! Je suis revenue !
J’ai besoin d’un peu de temps pour goûter ma joie, et réaliser combien je suis proche de l’Egypte… Il a fallu que je m’en éloigne pour le comprendre à sa juste mesure ! Hier en sortant de l’avion, j’ai été accueillie avec soulagement par la chaleur moite de 23h00. En France, j’ai eu froid. J’ai apprécié retrouver l’étonnement des égyptiens dans la rue quand je leur parle arabe. J’ai été accueillie par 4 messages téléphoniques d’Egyptiens, à mon arrivée, et je me suis empressée de les rappeler tous. Je les aime, je les aime vraiment. J’ai eu du mal à m’endormir tellement ma joie était profonde. Je suis chez moi, et je suis heureuse. »

Claire au Caire (29 août 2008) : http://www.claireocaire.fr/index.php

 

 Pour en savoir plus sur Sœur Emmanuelle :

L’hebdo Magalif: http://magalif.info/articles/2008/10/26/sur-emmanuelle-trent/

Le blog de Jean Vinatier: http://www.seriatimonline.com/2008/10/sur-emmanuelle-la-dame-de-moqattam.html

Le blog de Nagui: http://pensiondelajoie.over-blog.com/article-24045369-6.html#anchorComment

La biographie de Soeur Emmanuelle sur Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C5%93ur_Emmanuelle

2 Réponses vers “Hymne à la joie”

  1. nagui said

    Merci pour ce beau témoignage! c’est vrai que l’egypte à ce coté mystérieux: on y vit, on rale, on n’en peut plus. On s’en éloigne, notre seul désir c’est d’y retourner le plus vite possible tellement ça nous manque! c’est un vrai mystère.

  2. Zénobie said

    Comme j’aimerais connaître cette « autre » Claire qui parle si bien de cette Egypte que j’ai appris à aimer. Et comme c’est vrai, chaque fois que j’y suis retournée, en sortant de l’avion , je prenais une respiration et je me disais « ça y est, j’y suis »!Je dirais à Nagui que c’est comme un virus, ça s’attrappe , et voilà!
    Et comme j’aurais aimé rencontrer soeur Emmanuelle …. fermer les yeux et reto^rouver sa joie communicative.
    Amitiés à tou(te)s
    Claire

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