Bicyclette recyclée

2008

veloatoutfaire

Ce vélo présent sur les marchés du Caire est à la bicyclette ce que la sirène est à la jeune fille, ou l’inverse. Il a la queue du vélo, soit la roue arrière, la chaîne et les pédales ; mais en guise de selle, il est muni d’une antique balance à deux plateaux, garnie d’un peson d’un kilo. L’avant du vélo, pour sa part, a subi une excroissance en forme de triporteur, contenant cinq ou six cartons de fruits.Sans oublier le gros cahier de comptes, posé sur une corbeille tressée, qui retient en même temps le tapis de prière, qui protège lui-même du soleil les fruits mûrs.

C’est ce qu’on appelle chez nous un objet multifonctions au développement durable assuré. Un parfait recyclage de cycle en fin de vie, promis à une longue et fructueuse deuxième vie.

A sa vue, on se demande d’où vient l’heureux propriétaire  du vélo, combien de kilomètres il a parcouru en poussant ses cageots de pommes, à quelle vitesse il roulait, et surtout, comment il a fait pour s’asseoir sur la balance : pose-t-il une -grosse- fesse sur chaque plateau ou a-t-il caché quelque part une selle amovible ? A moins qu’il ne pédale en danseuse tout le long du trajet en prévoyant quelques arrêts pour une prière destinée à favoriser l’arrivée à bon port de tous les cageots, de toutes les pommes, de la balance, du livre de comptes, du tapis de prière et de leur propriétaire.

repasseurLes vélos du Caire servent toujours à transporter autre chose que leur cavalier. Quand j’achète mes douze bouteilles d’eau minérale à l’échoppe du coin, un jeune homme enfourche un vieux vélo pourri sur lequel il cale le carton de bouteilles et pédale à mon allure de piétonne jusqu’à l’entrée de mon immeuble. Deux cartons de douze, ça rentre aussi. Il prend toujours la peine de m’accompagner jusqu’à ma porte, dépose son fardeau dans l’entrée, et semble satisfait avec une livre ou deux pour prix de sa peine.

 J’ai toujours éprouvé une grande admiration pour les cyclistes du Caire : non contents de circuler à vélo, ce qui est déjà suicidaire, ils tiennent toujours le guidon d’une seule main, l’autre étant occupée à soutenir un objet volumineux à livrer, le plus souvent un immense plateau de pains baladi.

Il doit y avoir une raison au transport cycliste du pain baladi, mais je ne l’ai pas encore découverte. A moins qu’il ne s’agisse d’un concours quotidien d’équilibriste encouragé par les passants.

Il est vrai que voir passer le pain a quelque chose de rassurant. On est au moins sûr qu’il y aura du pain ce jour-là. Car le pain, c’est la vie, comme le dit si bien le dialecte égyptien, qui utilise le même mot, 3aich, pour désigner l’un et l’autre.

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