Serveur à Sharm

2008

deltaensemble

Delta Sharm Resort, grand complexe de cubes blancs décorés de bougainvilliers grimpants, de palmiers et d’herbe grasse, ponctué de piscines turquoise pour faire oublier qu’on est loin de la mer. On y circule à pied par de petites allées dallées. Débauche de piscines, débauche aussi de personnel, uniquement masculin, vêtu de chemises blanches à grosses fleurs bleues.L’un s’approche de notre table, l’air un peu engourdi. Je demande en anglais: « Vous avez du vin ? ». Réponse : « Oui ».

– What kind of wine?

Regard affolé du serveur. Je change de tactique :

– Je peux voir la carte?

Il roule des yeux hagards et finit pas bégayer :

– You want to taste wine? You want to taste wine?

On insiste pour voir la carte mais le mot n’a pas l’air de faire partie de son vocabulaire. A moins qu’il n’y ait qu’un choix possible. Prudents, on se résout à demander un verre, on montrant celui qui est déjà sur la table.

– Oui, oui, c’est ça, bring me a glass of wine.

Le verre a mis vingt bonnes minutes pour arriver jusqu’à notre table, en même temps que la carte des cocktails. Le vin est dégueulasse, comme il fallait s’y attendre.

Impossible non plus d’avoir un cocktail, dont la carte offre pourtant une dizaine de sortes. Quant à se risquer à demander deux choses à la fois, comme une bière ET un jus de fruit par exemple, alors là, c’est la panique. Soit nous avons affaire à un pistonné, neveu de notable pas très dégourdi (le neveu, pas le notable), soit il ne comprend qu’un mot d’anglais à la fois. Quoique beer et cocktail, ça peut sembler assez international. Mais laissons-lui le bénéfice du doute.

deltabougainvilliers

Cette inaptitude à faire face à l’imprévu serait-elle le résultat d’une éducation fondée sur la répétition et l’apprentissage par cœur ? Le rabâchage n’a jamais favorisé l’esprit d’initiative et la réactivité face à l’imprévu. Et il paraît que l’enseignement égyptien repose sur l’injonction : « Ecoute, retiens, et récite ». Ce pourrait être le titre d’un film.

C’est surtout ce qui explique que les parents intelligents et assez fortunés mettent leurs enfants dans des écoles « de langues », qui n’offrent pas seulement certaines matières dans une autre langue, mais aussi un autre type d’enseignement, plus actif, plus créatif. Et surtout, des classes moins chargées que celles du secteur public, où il n’est pas rare de voir plus de soixante élèves par classe.

Comment un professeur, même bien formé, peut-il appliquer des méthodes actives dans ces conditions ?

Et comment un futur serveur à Sharm peut-il mener une conversation, même basique, en anglais ? Peut-être aurais-je dû lui faire réciter le vocabulaire du chapitre « boissons » par ordre alphabétique. On serait arrivé assez vite à bière et à cocktail. Ou bien on aurait compris que les boissons alcoolisées ne font pas partie du vocabulaire à retenir.

Une Réponse vers “Serveur à Sharm”

  1. Karim said

    « Et comment un futur serveur à Sharm peut-il mener une conversation, même basique, en anglais ? ». C’est vrai. En meme temps, on peut etre garcon de cafe a Paris, capitale la plus touristique du monde, dans le pays qui attire le plus de touristes de par le monde, meme en zone touristique, sans parler un mot d’anglais.

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