Derviches tourbillonnants

2009

EGypteDerviches

Derviche tourneur : religieux musulman qui effectue des danses rituelles tourbillonnantes. Dictionnaire encyclopédique Hachette

J’aime assez l’adjectif tourbillonnant, pied de nez impertinent à la rigueur du verbe effectuer. Je m’imagine, m’adressant à un « religieux musulman » : Voudriez-vous, je vous prie, m’effectuer une danse tourbillonnante ? Dans l’Encyclopédie Universalis, le ton est nettement plus sérieux :

On donne communément, en Occident, en raison de leur danse caractéristique, le nom de derviches tourneurs aux membres de la confrérie, ou طريقة, des Mawlawi, disciples de Mawlana Djalal al-Din Rumi. Le terme arabe de طريقة (signifiant « chemin », « voie ») a pris deux acceptions en mystique musulmane ; il désigne tantôt une méthode de direction spirituelle menant, à travers diverses étapes, de la pratique littérale de la Loi révélée (شريعة) jusqu’à la Réalité ultime (حقيقة) ; tantôt l’ensemble des rites préconisés pour la vie commune dans les confréries musulmanes et, par extension, ces communautés elles-mêmes (pluriel طرق) ayant pour chef un maître qui tire lui-même son autorité de toute une chaîne (سلسلة) de maîtres spirituels qui remontent généralement au Prophète ou à son gendre, l’imam ‘Ali. Ce dernier cas est celui des Mawlawi, nous dit Aflaki, leur hagiographe (Manaqib ul-‘Arifin, trad. C. Huart, Les Saints des derviches tourneurs, 2 vol., Paris, 1918-1922, t. I).

Cela dit, on n’est pas beaucoup plus avancé. Tant pis, nul besoin de tout savoir sur les derviches tourbillonnants pour apprécier le spectacle donné par la troupe Al Tannoura dans le quartier de la mosquée Al Azhar.

Derviches1

Le spectacle se déroule dans un ancien caravansérail, wakalat Al Ghouri, du nom de l’avant dernier sultan mamelouk. Le lieu est splendide, vaste cour intérieure où se pressaient les caravanes de chameaux, leurs chameliers, les marchands et leurs marchandises, les voyageurs en transit au Caire pour affaires. Il faut y venir avant l’heure du spectacle pour sentir l’atmosphère et tenter de recréer par l’imagination l’effervescence du début du 16ème siècle.

A la nuit tombée, la salle est pleine, adultes et enfants, égyptiens et étrangers ; les musiciens apparaissent sur la galerie. Le son des flûtes ressemble étrangement à celui du biniou breton. Se serait-on trompé de spectacle ? Puis un chant s’élève, lancinant, au-dessus des flûtes stridentes. Des hommes en robe blanche et turban apparaissent, munis d’instruments à percussion, tambourins et jambé.

derviches0

L’un d’eux se distingue rapidement du groupe, autant acteur que musicien, jouant des castagnettes comme une danseuse espagnole. Ce n’est pas l’idée que je me faisais des derviches tourneurs. Et ça dure, le joueur de castagnettes fait des clins d’œil au public, les binious commencent à agacer un peu les oreilles, pour peu que vous soyez proches d’un haut parleur. La cour est ouverte sur le ciel, accumulant la chaleur l’été, et ne protégeant pas du froid l’hiver. Il faut donc prévoir les éventails ou les gros pulls, selon la saison.

derviches2

Après cette longue introduction, les hommes se mettent enfin à tourner, d’abord lentement, vêtus de jupes multicolores ajustées sur leur robe blanche, kaléidoscopes géants. L’un d’eux, plus rapide que les autres, se détachera du groupe et virevoltera sans relâche pendant plus de trente minutes. Le soir suivant, un autre prendra le relais, c’est dire qu’on doit en garder quelques séquelles.

derviches7

Le tourbillonnant du soir se métamorphosera successivement en palette géante, en arlequine stripteaseuse, en roue de fête foraine, en montgolfière, en tout ce que votre imagination sera disposée à créer à partir de couleurs en mouvement. On en oublierait presque qu’il y a un homme transpirant derrière cette féerie.

derviches8

derviches3

Décidément, ce n’est pas ainsi que je voyais les religieux musulmans.

derviches9

4 Réponses vers “Derviches tourbillonnants”

  1. josiane said

    rien a voir avec la vraie secte des derviches ,c’est juste un beau spectacle pour touristes ,et une troupe suventionnée par l’état !

  2. Stéphane said

    Gurdjieff en parle dans ses rencontres avec des hommes remarquables. Il leur consacre un chapitre entier et leur mystère depuis cette lecture depuis m’a toujours faciné.
    Ce qui me fascine encore plus c’est comment tu as trouvé l’endroit alors que j’ m’y suis cassé les dents vingts fois.
    Mon seul derviche cairote aura été une troupe madrilo cairote mélant rap street jazz et derviches dans le petit théatre de l’opéra. Un spectacle confidentiel un soire de semaine qui cette fois là m’a donné la sensation d’être un initié.

  3. ludo said

    dans le Sinaï, il y en a un qui tourne dans les hôtels, une de ses nombreuses jupes est munie de loupiotes. C’est marrant, mais comme dit Josiane, ça n’a rien à voir avec les vraies danses des derviches, plus dépouillée, mais beaucoup plus spectaculaires finalement. Mais peut-on encore en voir au Caire ?

  4. pat said

    Juste un petit mot d’ordre : Allez-y, allez-y, allez-y….

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :