Plongée à Hurghada

2010

A Hurghada, les coraux sont comme décolorés, lassés d’avoir dû supporter les assauts de touristes prédateurs. Et les poissons plutôt rares.

Mais en dehors des poissons et de l’exploration des fonds sous-marins, l’expérience de la plongée fut pour moi une sensation tout à fait nouvelle. J’avais retardé cette expérience, gardant le souvenir d’une panique, il y a quinze ans, lorsque je perdis pied au-dessus d’un tombant abrupt. Je m’étais repliée vers le rivage  en recrachant l’eau avalée par le tuba. J’ai su alors ce que c’était que le vertige, contre lequel la raison ne peut rien.

Cette année, pourtant, je me suis lancée, accompagnée de Nina, aussi effrayée que sa mère. D’abord, il faut s’équiper : la combinaison à mi-cuisse, facile, puis la ceinture lestée de pavés de plomb, enfin le gilet sac à dos avec tout le barda de tuyaux, et la bouteille qui pèse au moins 25 kg. Tout confort. Ainsi harnaché, on n’a plus le choix. Obligé de sauter à l’eau pour retrouver un peu de légèreté.

Le moniteur nous explique les règles de sécurité et les codes de communication, qui ressemble au langage des sourds-muets. Former un rond avec le pouce et l’index pour dire « tout va bien » ; pour signaler un problème, faire osciller la main à l’horizontal, puis montrer où est le problème. Plus un tas de signes pour désigner les différents poissons repérés. Concentrée sur ma respiration, je ne retiens que les deux premiers signaux. Et je commence l’étrange promenade dans cet aquarium géant.

Sensation de solitude intense malgré le moniteur qui me guide en tenant ma bouteille d’oxygène. Un silence meublé par le glouglou rythmé de ma propre respiration, presque euphorisant grâce à l’oxygène qui afflue aux poumons. Le seul point noir, c’est la pression sur les tympans. Il faut descendre tout doucement en pinçant le nez à chaque palier. On ressent alors une ivresse qui s’apparente à celle qui accompagne la montée en altitude, au dessus de trois mille mètres, là où le manque d’oxygène commence à se faire sentir. Il faut redescendre aux premiers signes de mal des montagnes. Là, c’est l’inverse, il faut remonter, avant de pouvoir descendre à un palier inférieur.

Chaque plongée est entrecoupée de longues périodes de repos sur le pont du bateau, où la chaleur est tempérée par le vent et les embruns.

Après trois plongées jusqu’à 7 ou 8 mètres, on hésite entre la décision d’en rester là et le désir d’aller plus profond, comme on veut toujours monter plus haut quand on commence à gravir des sommets. Je comprends qu’on puisse se passionner pour ce sport, qui procure l’ivresse de l’altitude sans l’effort physique qu’exige l’alpinisme.

C’est tentant, surtout dans une mer si chaude.

Le deuxième jour, on navigue vers une île labellisée parc naturel protégé, ce qui entraîne un supplément de 5 euros. On l’aborde par un banc de sable qui sert de décor à un entraînement de kite-surf spectaculaire. On rejoint le rivage à la nage, puis on marche vers la mangrove. Quelques centaines de mètres suffisent pour que les rares bouteilles de plastiques fassent place à une accumulation de détritus. Plus loin, à l’entrée de la mangrove, un panneau indique, en arabe et en anglais : « Control measures of pollution, red sea cost », le tout surmonté des logos de deux ministères, du PNUE et d’autres organismes très sérieux. Rien n’est dit sur ce qui suit le contrôle de la pollution sur ces lieux transformés en poubelle, ni sur l’actualité du panneau. On se prend à rêver d’un parcours pédagogique à l’américaine, expliquant comment se forme une mangrove, quelle flore et faune elle abrite, et quelles mesures sont prises pour protéger le site, histoire de justifier les 5 euros de péage et de donner un peu d’espoir sur la protection de l’environnement en Egypte. Mais ici, les américains ne font que passer. Un petit prélèvement annuel dans le secteur, un panneau attaqué par la rouille, quelques subsides au Ministère de l’environnement égyptien, et hop, un parc naturel à ajouter à la liste !

Tournant le dos à la déchetterie que les touristes ne sont pas supposés visiter – quelle idée aussi de vouloir marcher et voir à quoi ressemblait cette île protégée !- on rejoint le bateau à la nage dans une eau turquoise.

Une Réponse vers “Plongée à Hurghada”

  1. Edina said

    C’est à chaque fois un réel plaisir de lire le récit de vos aventures. Merci de m’amener bien loin des nuages gris par moments si déprimants de ce plat pays qui est devenu mien.

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