Retour au Caire

2010

Le ciel est couleur ocre, mais il paraît que ce n’est pas encore le fameux khamsin, vent de sable irritant qui se glisse partout. Dès le matin, la migraine me prend à la base du crâne, malgré une nuit passée au Nouveau Caire. Ce sont les effets de la pollution, que j’avais oubliés. Finalement, c’est bien l’été qu’il faut venir, pendant que les Cairotes sont en vacances.

Je décide d’aller tout de suite à la gare Ramsès chercher mon billet pour Louxor. Prends le métro à Saad Zharloul. Comme il n’y a plus de couchettes pour le lendemain soir, je me dirige vers le quai 11, à l’autre extrémité de la gare, où l’on peut acheter des tickets pour le train « normal ». Mon arabe étonne la dame qui attend son tour. Mais pourquoi est-ce qu’un mot aussi trivial que « billet » ne se dit pas pareil en dialecte et en classique ? Et ce jour-là, c’est le classique qui se présente à ma mémoire. Je me demande toujours quel effet je fais.

–         L’effet de quelqu’un qui parlerait français au passé simple avec des mots savants, me dit un ami égyptien qui maîtrise bien mieux le français que moi l’arabe.

Ça tombe bien, j’adore la littérature.

Le seul train où il reste de la place est celui qui part de Guiza à 8h00 du soir. 160 livres en 1ère classe, soit une vingtaine d’euros.

Je rejoins ensuite la rue Talaat Harb, où j’ai rendez-vous pour une Ballade égyptienne avec Josiane. Au Caire, où je ne passerai que quelques jours, je veux voir les amis, retourner à Ibn Touloun pour la dixième fois, et faire trois ou quatre choses que je n’ai jamais faites, comme visiter la mosquée Al Azhar, aller voir un film au cinéma Métro ou manger une mouloukheya. Sans compter bien sûr les amis.

Je commencerai donc par cette excellente mouloukheya au lapin que m’a promise Josiane, dans ce petit restaurant au nord de Talaat Harb dont j’ai oublié le nom. Je lui fais confiance pour me le rappeler. Il ne paye pas de mine mais vaut le détour.

Après le repas, comme ma migraine se fait tenace, Josiane propose d’aller au parc Al Azhar, celui que l’Aga Khan a fait élever sur une montagne de détritus. C’est vrai qu’on y respire mieux, environné de verdure, au-dessus du bruit et de la circulation. Les pelouses sont envahies par des grappes de collégiens en sortie scolaire et sur les bancs, un peu en contrebas, ce sont les couples d’amoureux qui animent le paysage. Presque toutes les jeunes filles sont voilées, ce qui n’enlève rien à leur air déluré.

Il faut monter sur la terrasse couverte du restaurant, au sommet de la colline. De là-haut, la vue est superbe sur le vieux Caire, sur la Citadelle et le Moqattam. Sauf que ce jour-là, on distingue à peine les minarets dans le halo jaunâtre qui noie le paysage. Le vent se lève. Une étudiante élégante se concentre sur son ordinateur, dans une parfaite immobilité. Le jour, sans qu’on s’en rende compte, s’éteint doucement. Il n’est pas encore six heures.

Je rejoins la place Tharir avec un de ces nouveaux taxis blancs et noirs munis d’un compteur qui concurrencent les noirs et blancs en état de décrépitude plus ou moins avancée. Ces taxis tous neufs sont le résultat d’une mesure du gouvernement, qui a consenti des prêts avantageux à tout propriétaire d’un taxi de plus de trente ans d’âge. Celui-ci a mis en valeur son miraculeux compteur en le bordant comme un bébé, de fourrure synthétique.

De Tharir au Hyatt, je retrouve mon trajet habituel, par les rues de Garden City, presque piétonnières grâce  aux mesures de sécurité imposées par les nombreuses ambassades du secteur. Puisque j’ai du temps à tuer, et trop peu d’énergie pour crapahuter encore, je vais me faire couper les cheveux chez le coiffeur libanais, dans la galerie de l’hôtel. Je me retrouve au milieu d’une demi-douzaine de jeunes filles aux cheveux longs, très maquillées. L’une d’elles fume cigarettes sur cigarettes pendant qu’on la bichonne. A ma droite, une bourgeoise un peu sèche (le mot bourgeoise m’est venue spontanément à la bouche, mais à quoi reconnaît-on une bourgeoise ? A son air vaguement dégoûté peut-être, et à sa façon de donner des ordres, avec une assurance, mais c’est une fausse assurance, qui masque la peur de vieillir et de ne plus plaire sous la peau tirée).

Pour finir, traversée de la Corniche, puis de Kasr El Eini : la traversée des boulevards du Caire, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas, les réflexes sont automatisés. Il faut juste prendre la bonne mesure des distances.

Voilà, c’était ma première journée au Caire, comme si c’était hier, je retrouve mes rues, repères, mes petits magasins, je retrouve tout, même la pollution qui me taraude le derrière du crâne.

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Une Réponse to “Retour au Caire”

  1. Yvonne said

    Merci pour cette randonnée dans les rues de mon beau pays. Si je ne me trompe pas, ai-je bien reconnu la rentrée du cinéma Métro? Il ne semble de si avec beaucoupde nostalgie ayant travaillé dans les bureaux il y tellement longtemps

    Vu que je devrais y retourner bientot, j’aimerai bien connaitre le nom de ce petit restaurant au nord de Talaat Harb où l’on mange, j’ai l’impression une très bonne molokheya!!

    Merci

    Yvonne

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