Assouan : les tombeaux des Nobles

2010

Le ferry d’Assouan, bien qu’indiqué sur le guide, ne semble servir qu’aux locaux. Après avoir refusé plusieurs propositions de felouques alléchantes, je m’en tiens à ma première idée : prendre les transports en commun. Ce qui me vaut de payer 5 livres, prix touriste, exigé sans vergogne par un guichetier peu amène. J’embarque sur une grande barge divisée en deux partie égales : à gauche les femmes, jeunes ou vieilles, soigneusement voilées de noir, à droite les hommes, presque tous en gallabeya blanche. Je me sens un peu nue sous les regards, malgré  le châle qui me couvre les épaules.

Quinze minutes plus tard, j’aborde l’autre rive, qui fait tout de suite campagne, avec ses jarres à disposition du passant, ses groupes de chameliers à l’ombre de quelques arbres irrigués par le canal, une espèce d’atmosphère de fête foraine à l’heure de la sieste. Il fait chaud, juste comme il faut. Trop pour escalader la colline, pense le grand type en boubou blanc qui engage la conversation. Ramadan, c’est son nom, veut m’emmener « là-haut » à dos de chameau. J’en profite pour pratiquer mon arabe, mais je tiens bon : je monterai à pied. Il m’explique alors qu’il m’attendra au sommet, sous ce dôme qu’on aperçoit et qui s’appelle Kubbat Al Hawa. Il s’agit d’une sépulture édifiée en l’honneur d’un Cheikh local.

Je rejoins donc le site qui domine la vallée par une volée de marches. Un jeune préposé au contrôle des tickets, discret, m’accompagne avec un trousseau de clés. Les trois tombes qui me sont ouvertes datent de 1900 ou 2000 avant Jésus Christ. Seule avec mon guide, je m’attarde devant les bas-reliefs, qui ont  souvent conservé leurs couleurs d’origine.

La vie, les êtres aimés, tous ceux qui nous entourent, femmes, parents, enfants, 4000 ans plus tard, ils sont tous là, accompagnant dans leur dernier voyage Mekhou, Sabni, Sarenpout, grand-père et petit-fils. Malgré les scènes convenues et les poses hiératiques, ces hauts personnages nous parlent de leur vie de tous les jours, celle qu’ils ont voulu emporter avec eux dans l’au-delà.

Cela permet-il de croire que de tous temps, l’ambition humaine fut tempérée par l’émotion, l’acuité des sensations, les bonheurs simples : après avoir massacré une tribu de nubiens, Sabni rentre chez lui et emmène ses filles à la pêche…

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