Sous les gravas les tombes

2011

Je voulais revoir la tombe de Sennefer, tout en haut de Gournah. Une paroi et demie est consacrée aux scènes traditionnelles, Anubis, purification, momification, le reste est un hymne à la vie et à l’amour. Sennefer n’est jamais représenté seul, mais avec son épouse, désignée sous le nom de Merith – l’aimée. Ils se tiennent par la main, elle lui présente des étoffes, une coupe à boire. Sur d’autres colonnes, une petite fille est assise, et comme tous les enfants, retient son papa par le mollet. Ce Sennefer était un doux et un artiste. Le plafond, décoré de grappes stylisées, laisse apparaître le relief de la cavité, pour mieux imiter le mouvement naturel de la vigne vierge sous la brise. Rien de figé ni de froid dans cette dernière demeure, et des couleurs fraîches comme au premier jour.

Le gardien refuse de me laisser prendre des photos, même sans flash, même avec bakshish.  Seul gardien incorruptible de toute la vallée, se serait-il, lui aussi laissé prendre à la magie du lieu, et mué en protecteur consciencieux de la demeure de l’ancien maire de Thèbes ?

En sortant, je longe les ruines dans la partie haute de l’ancien village. Deux ou trois bâtisses sont encore debout, et l’une d’elle est reconvertie en  musée dit «  Musée de l’Ancienne Gournah », qui me rappelle celui d’Atar en Mauritanie : quelques panneaux plastifiés déjà délavés, composés de cartes postales et de photos collées, assorties de commentaires en format courrier. Un « gardien » plein de bonne volonté s’acharne à me commenter les panneaux dans un anglais pénible. D’après la brochure posée sur un table à l’entrée, le projet est l’initiative d’une association « Friends of Gournah ». On y explique que les gens de Gournah ont vécu une « fascinating life »près des monuments, des tombeaux, des touristes et des archéologues ; que la plupart des habitations sont démolies mais que le Conseil suprême des Antiquités a donné l’autorisation de mener à bien un « very special project ». Le projet consiste à préserver un certain nombre de bâtiments, témoins de cinq siècles de vie sur le site, qui hébergeront des expositions et des objets de la vie domestique, agricole et sociale des habitants de Gournah. Pour les détails, un site est disponible (en anglais) : www.qurna.org

En dépit des intentions louables de ce projet, je ne peux m’empêcher de penser à un emplâtre sur une jambe de bois.

Et quand je découvre cette  scène filmée où le dernier gardien de la famille Abdel Rassoul, dans sa gallabeya claire, tente d’expliquer au gouverneur de Louxor en costume cravate son rôle de protecteur des tombeaux, je me dis qu’il est là, le vrai choc des civilisations.

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