La momie voyageuse

2011

En début d’après-midi, après plusieurs heures sur mon antique vélo rose, la visite du musée l’emporte de justesse sur la sieste sous ventilateur. La chaleur est déjà à la limite du supportable pour qui connaît les hivers alpins.

Le musée de Louxor est clair et moderne, le cheminement y est bien conçu, loin du capharnaum de celui du Caire. On y admire de très belles statues de Thoutmosis III, décidément très gracieux, ce jeune homme au regard doux, que démentent tous les récits des campagnes militaires sans merci qui furent menées par le « Napoléon égyptien », autre nom de Thoutmosis. Mais le décor stylisé de son tombeau est celui que je préfère. Peut-être les sculpteurs l’ont-ils embelli pour s’attirer ses faveurs ?
Ce qui est certain c’est qu’Akhénaton, lui, s’est appliqué à s’enlaidir, car sa momie récemment identifiée ne comporte aucune trace de déformation du visage : il avait le visage rond de ses ancêtres. Alors pourquoi ce menton démesuré et ce crâne en ballon de rugby ? Pourquoi lui fallait-il à ce point se démarquer de sa lignée ? Etrange histoire. Mais pas plus étrange que celle du pharaon Ramsès 1er, dont la momie repose dans une petite alcove surélevée à l’éclairage tamisé.  Je n’ai jamais eu de goût pour l’observation des cadavres, aussi momifiés soient-ils, et n’ai jamais voulu visiter la salle des momies au Caire. Là, pourtant, dans la pénombre de ce simili-caveau, les restes d’Ahmosis 1er et de Ramsès 1er semblent reposer en paix.

Cependant, en y regardant de plus près, je découvre que Ramsès revient d’Amérique, plus précisément du musée d’Atlanta, après un long séjour près des chutes du Niagara. L’affichette annonce pompeusement : « cadeau du peuple américain au peuple égyptien ».  Les peuples concernés sont-ils au courant ?

Ramsès 1er, fondateur de la XIXème dynastie, ne régna que deux ans, et sa tombe n’a pas pu être terminée. Mais elle est ornée de peintures aux couleurs très vives. Sa momie avait été enfouie, avec une quarantaine d’autres, dans une cache proche de Deir El Bahari, sans doute pour les protéger des profanateurs de tombes qui sévissaient dès l’Antiquité.

La famille Abdel Rassoul, célèbre à Gournah, avait découvert en 1870 cette caverne aux quarante momies. Le commerce des antiquités était alors florissant, et les occidentaux friands de momies (allez savoir pourquoi). Notre Ramsès avait donc déménagé pour le Canada, puis avait été racheté par l’Etat de New-York, pour enfin se retrouver au musée d’ Atlanta, dont la responsable, s’étant avisée qu’elle détenait la dépouille d’un personnage important, décida d’apporter sa contribution à l’entente américano-égyptienne en restituant la fragile momie, enfin de retour au pays après cette odyssée.

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