Welcome to (new) new Gournah !

2011

Finalement, les habitants de Gournah ont préféré leurs masures assises sur les tombes à la cité radieuse de Hassan Fathy. Les maisons étaient pourtant bien belles avec leurs voûtes et leurs murs de brique crue. Rêve d’architecte, qui aurait trouvé un meilleur accueil s’il avait été construit à proximité des colosses de Memnon par exemple. Mais on ne refera pas l’histoire. A présent, ils sont tous relogés à plusieurs kilomètres au nord de la Vallée des rois, dans des constructions en béton joliment peint en rose, étouffantes l’été, glaciales l’hiver. J’ai renoncé à pédaler jusque là avec mon vélo, pour ne pas risque l’insolation. Pourtant, à l’entrée de la route déserte, un immense panneau publicitaire annonce : « Welcome to new Gournah ! ».

Les vieux ont résisté jusqu’au bout et le dernier descendant de l’illustre famille Abdel Rassoul, gardien d’une tombe privée qui lui servait de cave, a même essayé de parlementer avec le gouverneur de Louxor, en se présentant comme le protecteur de ce tombeau, depuis longtemps vidé de ses trésors. Peine perdue ! Le pot de terre contre le pot de fer.  Le vieux en gallabeya et en turban contre le technocrate en costume.

Certains vieux, m’explique un jeune homme, ont préféré mourir plutôt que de quitter leur maison. Mais un chauffeur de taxi, dont la sœur habite maintenant un appartement tout neuf avec l’eau et l’électricité, séparé de celui des parents, est satisfaite : quand elle veut faire sa toilette, dit-elle, elle n’est plus obligée de se laver la moitié du visage avec un fond de bassine.

–       Pas trop loin des sites pour ceux qui vivent du tourisme ? je demande.

–       Non, non, on se débrouille entre nous, beaucoup ont des voitures.

Où est la vérité ? Les jeunes, sans doute, ne sont pas fâchés d’avoir leur indépendance, surtout les filles, qui échappent ainsi à l’emprise des mères et des belles-mères. Mais la fraîcheur des bâtisses traditionnelles, pourquoi l’avoir sacrifiée à la mode du tout béton ? Plus facile et plus rapide à construire, mais pas plus économique. Connaissant la magie de l’habitat égyptien, il ne faudra pas longtemps avant qu’ils ne cassent quelques cloisons, ajoutent des extensions au gré des mariages et des naissances, et encore moins de temps pour que robinets et sanitaires se démantibulent, et que les murs se fissurent. J’ai vu tant d’appartements aux finitions bricolées, qui étaient pourtant destinés à une riche clientèle. Alors quand il s’agit de logements « sociaux », je n’ose imaginer le résultat. Combien d’années, de mois peut-être, avant qu’ils ne tombent en décrépitude ?

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