La Vallée des reines

2011

Réveillée à 5h30 par quelques klaxons et braiements. Un vrai matin d’été caniculaire, une fraîcheur lourde déjà de la  chaleur à venir.

Je suis au guichet à 6h00. De là, je marche jusqu’à la vallée des reines toute proche et bien sûr, grâce à mon sens de l’orientation, j’atterris au village des artisans, où un gentil soldat, occupé à tremper son pain baladi dans une assiette de foul posée sur le capot de la voiture, m’indique la bonne direction. A l’inévitable question «  Où tu as appris à parler arabe ? », je réponds, comme d’habitude, « en Suisse », ce qui est la pure vérité. Il se marre ; mon arabe classique mâtiné de dialecte égyptien doit sonner bizarre, un peu comme quelqu’un qui parlerait français en mélangeant verbes au passé simple et  mots familiers.

A l’entrée de la vallée des reines, le gardien dort encore, étendu perpendiculairement au guichet. Je frappe discrètement jusqu’à ce qu’il ouvre un œil, s’étire, et consente à me vendre un billet pour trois tombes. L’allée des marchands de pacotilles est aussi plongée dans le sommeil, tant mieux.

Accompagnée du gardien, qui m’ouvre la porte, je pénètre d’abord dans la tombe de Titi, aux couleurs un peu fanées. Dans les tombes féminines, on échappe à cette sensation d’étouffement qu’on ressent dans les tombeaux des mâles, car les dimensions en sont modestes et le sol horizontal. Le gardien en gallabeya bleu gris entreprend le nettoyage des lieux à coups de balai, pendant que je m’attarde devant les fresques. En soulevant des nuages de poussière ocre, il me surveille d’un œil, à l’affût de la première photo interdite qu’il pourrait négocier.

Je me dirige ensuite vers la tombe d’Amon-Her-Khepchef, qu’il faudrait voir en dernier, si celle de Nefertari reste fermée. Les couleurs sont d’une fraîcheur étonnante. Le gardien numéro 2, gallabeya beige,(chaque gardien est responsable d’une tombe, semble-t-il) a l’air de s’y connaître un peu, me présente Anubis comme si c’était son frère, une brochette de divinités associées, me désigne le roi, la reine et le petit prince, apparus spécialement pour me serrer la pince. Mais le clou du spectacle pour lui, c’est la momie d’un fœtus de cinq mois retrouvée dans la tombe, sans qu’aucune explication claire ait pu être trouvée. Je n’aime pas trop regarder les momies en général, alors la momie d’un fœtus de cinq mois, ne m’en parlez pas. Seule dans cette tombe lumineuse, je passe de longues minutes à observer les fresques. Dommage que mon guide s’acharne à m’abreuver de commentaires : «  here Thot ;   here Sekmet ; here Anubis (again) ». Tout le panthéon égyptien y passe. Mais oui, mais oui, tu l’auras ton bakchich ! Mais non, mais non, je ne braverai pas l’interdiction de prendre des photos, bien que l’envie m’en démange ! Ah, s’il pouvait me laisser seule un moment, luxe suprême, visiter seule la vallée des reines ! Las, il pousse le zèle jusqu’à m’éventer à l’aide d’un petit carton.

La troisième tombe, qui a servi d’abri pendant l’époque romaine, a été noirci par le feu, ce qui donne aux fresques calcinées un aspect mortuaire assez inhabituel dans un tombeau égyptien.

Je rentre à l’hôtel en coupant à travers champs, où semble se déployer une activité bien peu agricole : engins de travaux, grosses buses empilées, avant d’arriver à la hauteur d’un groupe d’hommes occupés à creuser un canal à la pioche. Spectacle peu compatible avec l’image du Louxor moderne que veut donner le gouverneur. Des mains se lèvent en signe de protestation quand je prends la photo.

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