Les Monastères de Wadi Natrum

2008

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A quatre-vingt-dix kilomètres au Nord-ouest du Caire, existe une région désertique un peu mystérieuse, appelée Wadi Natrum, la vallée du natron, parce que ses lacs salés fournissaient à l’Egypte antique le natron, carbonate de sodium à fort pouvoir déshydratant, dont les corps destinés à la momification étaient recouverts pendant quarante jours.

La Sainte famille, c’est-à-dire Joseph, Marie, le petit Jésus et l’âne, y auraient fait étape pendant leur exil en Egypte. Leur passage éphémère en ces lieux a fait éclore de nombreux monastères dès le 4ème siècle. Il en reste quatre aujourd’hui, que je pensais trouver à l’état de ruines. Mais non, ils sont bien vivants, et abritent des centaines de moines visités chaque week-end par des milliers de fidèles, cousins, frères de cousins, cousins d’un oncle…    

                                 

Pour y aller, prendre la route du désert en direction d’Alexandrie. Pour Saint Macaire, peu après Sadat City, environ 130 km avant Alexandrie, on aperçoit un clocher. Il faut alors faire un U turn pour passer devant le clocher et prendre à droite une allée bordée d’eucalyptus. Pour les autres monastères, il faut faire encore 15 kms sur la route d’Alexandrie, puis un U turn à la hauteur d’une espèce de tour Eiffel sur la gauche. Repasser devant la tour Eiffel, puis tourner à droite devant une Rest house à l’américaine. Les monastères sont indiqués par des panneaux bleus, puis plus du tout. Pour St Bichoï et Syrianos, il faut tourner à droite à la hauteur d’une tour en fer rouge. Le week-end, ce doit être assez facile de repérer un des nombreux bus de pèlerins qui y organisent des excursions.

           

J’ai fait le voyage avec Samir, un collègue égyptien prof de maths, sa femme Ebtissam, qui signifie «  la joie », et ses deux filles de 16 et 18 ans, parfaitement francophones, surtout la plus jeune, qui a veillé à ce que je ne m’ennuie pas pendant tout le voyage. J’ai eu droit aux énigmes mathématiques du genre : 10 paquets de 10 cigarettes, dans un seul paquet les cigarettes pèsent 9 grammes au lieu de 10. Comment savoir lequel en faisant une seule pesée sur une seule balance ? (la solution à la fin de l’histoire, en attendant, à votre tour de vous creuser la tête).

Une autre plus facile : Que faut-il ajouter pour que 5+5+5= 550 ? Réponse : une barre diagonale au signe plus : 545+5=550.

Moi qui ai passé tous mes vendredi d’hiver à regarder les cairotes musulmans se prosterner avec ferveur, j’ai été surprise de voir que les coptes ne sont pas moins fervents, et pas moins éloignés de ma conception de la religion en tant que conviction intérieure. Jeunes et vieux déambulent dans les églises des monastères, baisent les portes (iconostases) qui séparent la nef de l’autel, ou la tenture de velours qui les recouvrent, se prosternent et baisent les reliques des saints enroulées dans de gros tuyaux de velours rouge, protégé par une housse en plastique transparent. Ils passent le doigt sur tous les objets sacrés environnants pour ensuite porter leur index à la bouche. Les prêtres, coiffés de capuches noires décorées de croix blanches, semblent être traités comme des reliques, car chacun porte la main à la bouche dès qu’il l’a posée sur celle du prêtre.

                           

A Saint Syrianos, je fais la connaissance d’Abouna Abraham, cousin du père de Samir, qui nous invite à boire un thé dans la salle d’accueil. Dans chaque monastère, comme dans les cimetières, il y a des petites salles où les familles sont accueillies par un prêtre. Abouna Abraham tend à chacun, Samir, sa femme, ses filles, ses cousins, belle-sœur et neveu un petit bout de tissu rouge. Porte-bonheur ? Il s’agit du velours qui sert à envelopper les reliques des saints exposés dans les églises. On se quitte par le geste de bénédiction que je n’ai pas encore bien intégré, bien que je l’aie vu faire plusieurs fois. Un mélange de baisemain et de signe de croix, je m’emmêle les pinceaux, que le père Abraham me pardonne !

                        

A Saint Macaire, on mange une soupe de lentille, une assiette d’olives et du pain baladi. On attend le père pour la visite guidée en français, en vain. C’est Samir qui me fait faire le tour du monastère, entouré d’une enceinte et muni d’une sorte de donjon avec pont levis pour se protéger des attaques des berbères. Plusieurs églises sont dédiées aux 49 martyrs tués par ces mêmes berbères en 444.

Le rythme des visites est lent, comme une promenade du dimanche après-midi alourdie par un repas un peu chargé. Sauf qu’ils n’ont pas mangé : le jeûne (ni viande, ni poisson ni laitage) peut être quasi permanent chez les coptes, comme me l’apprend Samir. En tout cas, il est pratiqué par tous entre minuit et quatorze heures quarante jours avant Noël et cinquante jours avant Pâques. Alors admettons qu’ils soient affaiblis par le jeûne. En tout cas, pas question de faire plus de cent mètres à pieds. On va lentement d’une église à l’autre, et on se véhicule d’un site à l’autre. Au bout d’une piste, un groupe déboule d’un car pour se mettre à chanter devant un trou dans le rocher, ermitage de Saint Bichoï, qui vécut entre 320 et 417.

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Avant d’entrer dans les églises, on se déchausse. Le sol recouverte de moquette dégage une vague odeur de pieds. Pas de bancs ni de chaises, mais on peut s’asseoir par terre où on veut. Ici ou là, un groupe entonne un chant devant une relique ou une icône, répétitif et parfois discordant. Comme le latin dans les années soixante-dix, la langue copte est de moins en moins pratiquée, au bénéfice de l’arabe.

  

L’église de la Vierge Marie à Saint Syrianos date du VIIème siècle. Elle est décorée de superbes fresques qui en font un véritable chef-d’œuvre.

En fait de désert, je côtoie beaucoup de monde en ce vendredi de février. Je pense à mon père qui aurait aimé cette journée imprégnée de religion, ces fresques naïves des églises de Saint-Bichoï et Syrianus, ma préférée. Et je réalise que nous sommes le 22 février, jour de son anniversaire. Il aurait eu soixante quinze ans.

                                    

PS. La solution de la devinette fait appel à la notion de suite arithmétique : il suffit de numéroter les paquets de cigarettes de 1 à 10, de retirer une cigarette du premier paquet, deux du deuxième, trois du troisième, etc. On pèse toutes les cigarettes extraites. Si toutes les cigarettes faisaient 10g, le poids serait de 550g. Si le poids est de 549, c’est le premier paquet qui contient les cigarettes à 9 grammes. Si le poids est de 548, c’est le paquet numéro deux. 547 : paquet numéro trois, etc.

J’ai fini moi aussi par trouver une devinette à raconter, en anglais, ça la fout mal…

– Why is 6 afraid of 7? – Because 7 8 9 (7 ate 9) ……. Ah Ah!          

                                               

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Une Réponse to “Les Monastères de Wadi Natrum”

  1. […] Un peu d’histoire, grâce à Piétonne Cairotte : […]

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