La cheikha à Al Azhar

2011

De la place Tahrir, je prends un taxi pour Al Azhar. Le jeune homme qui s’arrête est un joli  barbu, avec zibab naissante au front, cassette de prêches religieux à fond les manettes, et livre sacré exposé sur la plage arrière molletonnée de velours. Taxi idéal pour ma destination !

–       Al Gamaat Al Azhar !

Lui démarre, c’est la règle, démarrer d’abord, même si on n’est pas sûr de la destination, puis me fait :

–       Al Gamaat ou Al Gamaa ?

Je réalise mon erreur : en prononçant le T final, j’ai demandé l’Université au lieu de la Mosquée.  Il a supposé à juste titre que je n’étais pas étudiante à Al Azhar. D’autant plus que l’université qui jouxte la mosquée n’a jamais été ouverte aux filles, qui ont la leur à Medinat Nasr.

Pour éliminer toute confusion, j’utilise l’autre nom pour dire mosquée:

–       Al Masguid.

Et je profite du trajet pour me mettre dans l’ambiance, bercée par les versets du Coran. J’arrive à la porte dite des coiffeurs 15 minutes avant la prière. A l’entrée, on me tend une espèce de foulard effiloché de couleur beigeasse.

–       Non merci, j’ai le mien, entremêlé de fils dorés, offert par mon amie Ola.

La cour intérieure est vaste et grouille de monde. Sous les galeries sont assis, de tous les côtés, des homme jeunes et vieux, surtout des jeunes, plongés dans un livre.

Je longe les allées, à l’ombre, et nul ne lève les yeux sur moi.

Quand retentit l’appel à la prière, les gens affluent de toutes parts, comme après un orage l’eau des ruisseaux grossissant la rivière. Je me dirige alors vers la salle de prière réservée aux femmes, à côté de l’entrée principale. La gardienne m’accueille à bras ouverts, m’invite par gestes à prendre des photos, allume spécialement pour moi le grand lustre dégoulinant de verroteries. Elle insiste pour me prendre en photo. Je m’assied un peu en retrait, sur un banc, pile au-dessous du lustre.

La prière n’est pas longue, l’assemblée peu nombreuse et les femmes rejoignent rapidement la sortie, à part un petit groupe qui s’attarde autour du minbar, devant lequel est installée une dame au visage rond et au voile immaculé, qui ressemble à celle que j’avais vu une fois à la télévision. Elle est assise derrière une petite table sur laquelle est ouvert le Coran, qu’elle consulte de temps en temps. Mais l’essentiel de son attention est porté sur son petit auditoire : une femme se penche vers elle, puis une autre, pour lui poser une question ou lui exposer un problème. La réponse est donnée à haute voix et d’autres participantes donnent leur avis. Les discussions, dont je grapille quelques mots ça et là, tournent autour des hommes, du mariage, des différends auxquels les époux ont à faire face.

Le groupe est animé, à la fois détendu et attentif aux paroles de la Cheikha. Car c’est bien un Cheikh au féminin qui officie, comme me le confirmera l’homme qui me fera visiter la grande salle de prière, celle des hommes. J’aurais bien aimé comprendre un peu mieux ce qui se disait, et, pourquoi pas, participer à la conversation. Mais ma connaissance de l’arabe est encore trop lacunaire.

J’attends la fin de la prière pour pénétrer dans la grande salle désertée. Un jeune homme à l’entrée propose de me faire visiter, ce que j’accepte dans l’espoir qu’il s’exprimera en arabe classique, le seul que je comprenne à peu près. Quel meilleur endroit qu’une mosquée pour trouver quelqu’un qui parle la langue du Coran ? Mais je déchante vite, car mon guide est difficilement compréhensible, en arabe comme en anglais. Tant pis, comme d’habitude je participerai à un dialogue bizarre, qui fait toujours plaisir à mon interlocuteur: lui impressionné par mon « bel arabe », moi incapable de comprendre plus d’un mot sur quatre de sa langue dialectale.

Je retire malgré tout, en plus du bain linguistique, quelques informations sur l’intérieur de la mosquée :la grande salle contient 22 rangées de 4 colonnes. Les quatre dernières sont en métal pour symboliser les quatres branches de l’islam sunnite. Au pied de chaque colonne s’asseyait un professeur, selon le niveau et la matière enseignée. Les étudiants se regroupaient autour de lui. J’imagine le dialogue, il y a mille ans :

– T’es en quelle classe, toi ?

–  Moi, troisième colonne.

–  Et moi, huitième colonne.

Les disciplines enseignées à Al Azhar  dépassaient largement le cadre du Coran et des Hadiths, car le calife Al Hakim, au début du 11ème siècle, y établit une « maison de la science », où étaient enseignées la philosophie, l’astronomie et le droit, mais aussi la chimie et l’Histoire.


Aujourd’hui les heures des prières y sont indiquées sur un panneau lumineux automatique, reliquat de l’esprit scientifique du lieu ?

Plus d\’infos sur l\’histoire de la mosquée

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