Le restaurant Mohamed est situé à 100 mètres de la billetterie. La ruelle de terre est peu éclairée, mais un petit groupe qui prend le frais dehors me salue et propose de l’aide.

L’entrée du restaurant est à cinquante mètres, un portail vert surmonté d’un arbre au tronc tordu en guise de pergola. A l’intérieur, abrité par un toit de palmes tressées, un aimable fouillis de plantes, de cruches et d’objets divers, et une toile tendue sur toute la longueur de la cour décorée de peintures très « baladi ». Je ne vois que l’adjectif rustique pour traduire le mot baladi, que certains cairotes prononcent avec une moue de dédain. Moi j’aime bien, mais chacun ses goûts. Lire la suite »

L’hôtel Keylani à la terrasse accueillante est à deux pas du souk, qui ne ressemble en rien au dédale du Khan El Khalili. L’artère principale est une large allée qui longe la ville parallèlement au Nil. J’y achète quelques cadeaux à des prix raisonnables parce que je me débrouille en arabe et que j’ai tout mon temps pour discuter. Je m’attarde dans un magasin de masques hétéroclites qu’un jeune homme me fait visiter. Lire la suite »

A droite en sortant de la gare d’Assouan, on trouve même un bureau du tourisme, une exception notable.  Le type traîne-savates, visiblement dérangé par mon intrusion, me donne quand même la solution pour aller d’Assouan à Louxor, le train de 3 heures, ou celui de 6 heures, et la manière de procéder : monter dans le train et acheter le billet à l’intérieur, car ces trains-là n’existent pas pour les étrangers. De fait, ils ne sont pas indiqués sur le panneau d’affichage. Comme deux indices concordants valent toujours mieux qu’un, je vérifie auprès du planton en faction devant l’accès au quai que le train partira bien à trois heures. Lire la suite »

La gare est à deux pas de la station de métro Guiza ; on y accède par une passerelle qui mène aux quais. Des groupes de touristes attendent le train couchette, le plus souvent avec un guide. En queue du convoi, deux voitures sans couchettes accueillent surtout des jeunes avec sacs à dos, ce qui me rajeunit de 25 ans. A première vue, pas de télé hurlante, c’est bon signe, et la forte majorité d’étrangers laisse espérer une utilisation modérée des téléphones portables. Tout le monde s’installe pour la nuit, sac de couchage ou couverture légère, bouchons d’oreilles et bandeau pour les yeux. J’ai moi aussi été informée par trois sources différentes qu’il fallait se méfier de la clim, sauf quand elle est en panne. Lire la suite »

Je reviens au Caire, après une longue d’absence, كنت أشعر بالغربة

J’avais le mal du pays, de ses odeurs, de ses couleurs, de sa chaleur, de la douceur, de ses gens qui vous tissent un cocon capable de métamorphoser un européen stressé en humble quidam soucieux de l’essentiel.

A l’aéroport, je ne reconnais rien : où est la banque Misr où l’on se procure les visas d’entrée ? Tout est d’une étrange propreté. Restée fidèle à Egyptair, le moins cher, j’ai atterri dans le nouvel aéroport tout neuf, une demi-heure après l’iftar ; et c’est le désert. Lire la suite »

arabealkitab1Au début, c’était comme revenir à l’école primaire pour y apprendre à lire et à écrire avec la maladresse d’un enfant de six ans. Avec le même émerveillement aussi, devant le   ج élégant aux allures de danseur et le ص bien lourd, avec son gros ventre et sa queue de scorpion. Je m’inquiétais surtout du sens de l’écriture, mais c’est un peu comme la conduite à gauche en Angleterre, ça donne une impression d’insécurité, mais on s’y fait plus vite qu’on ne croit. Et puis, toutes les lettres sont dessinées pour être écrites en cursive en se donnant la main (ou plutôt la queue) de droite à gauche. Pas moyen de se tromper de sens. Lire la suite »

A l'heure de l'iftar
A l’heure de l’iftar

Je suis arrivée au Caire en septembre 2007, pendant le Ramadan. Je ne dirais pas que mon installation en ait été facilitée, ce serait mentir, mais les visites d’appartements entre vingt heures et minuit, avec des simsars enfin réveillés, voire survoltés, m’ont laissé quelques souvenirs épiques. J’étais vraiment dans un autre monde, bien loin de la rationalité suisse. J’ouvrais des yeux comme des soucoupes. Et je profitais de l’iftar pour arpenter les rues désertes.

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Karima

2009

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Elle est assise bien droite sur le fauteuil encore recouvert de sa housse en plastique, la petite Karima. Elle garde les yeux baissés en signe d’humilité.  Aussi gênée qu’elle, j’écoute ma charmante propriétaire faire l’éloge de sa femme de ménage, qu’elle me propose pour entretenir l’appartement qu’elle vient d’accepter de me louer.

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chichathechaises1J’aime voyager léger. A part des foulards et quelques poteries du Fayoum, je n’ai pas acheté grand chose. Il y a pourtant deux objets que je voudrais rapporter en France : un cageot, trop fragile pour être mis en soute, trop encombrant comme bagage à main. Quoique qu’avec Egyptair, ai-je entendu dire, tout est possible.

Le deuxième objet, c’est une de ces tables, disons plutôt tablettes, en fer forgé, juchées sur quatre pieds graciles, sur lesquelles on pose le verre de thé et le verre d’eau, compagnons indispensables de la chicha. Lire la suite »

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Je relis le carnet où, avant d’arriver au Caire, j’avais noté au jour le jour les informations glanées auprès des quelques personnes qui connaissaient l’Egypte en dehors des croisières sur le Nil. Avec le recul, j’y trouve beaucoup de conseils, donnés de bonne foi, qui se sont avérés peu utiles, voire tout à fait inadaptés. On oublie toujours que le pays qu’on a quitté a pu changer. Le monde bouge tellement vite. Lire la suite »

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De mes origines paysannes, j’ai gardé le goût des haricots mi-secs cuisinés à la tomate. Mon père les achetait au printemps sur le marché, dans leurs cosses blanches striées de rose, et on les écossait en famille. Leur longue cuisson dans un faitout, avec ail, tomates fraîches et bouquet garni embaumait la maison. Pas étonnant qu’en Egypte, j’aie tout de suite eu le goût du foul, de la marmite de fer luisant dans laquelle il mijote, invisible aux yeux des profanes.

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Le désert impeccable des grands hôtels, leurs forêts de colonnes en marbre, leurs plantons gominés au sourire niais, leurs gardes de sécurité à l’entrée ouvrant votre sac en s’excusant, leur clim silencieuse et leur fond sonore de cascades et de fontaines artificielles, leurs galeries marchandes aux prix affichés en dollars, tout cela peut rassurer après un bain de foule et la traversée périlleuse des avenues en étoile autour de Talaat Harb. Lire la suite »

La ferme

2008

Il y a, sur la route de Sakkara, en bordure de ce hideux canal, un drôle d’endroit appelé El Eizba, qu’on peut traduire par « la ferme », ou pour faire chic  » la maison de campagne ». Encore un de ces refuges hors du grand Caire, où passer une demi-journée au vert. Des animaux dépareillés s’y promènent en semi-liberté au milieu des vieux tacots et des photos d’artistes des années trente – ou cinquante, car je ne connais rien au cinéma égyptien.

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A l’aéroport du Caire, c’est la file d’attente, avant même le hall du Terminal 1. Seuls sont autorisés à entrer ceux qui prennent l’avion. Des policiers bloquent l’entrée, vérifient les billets. La foire d’empoigne habituelle, en forme d’entonnoir boursouflé par les resquilleurs de tous les côtés. Je pousse résolument le nez de mon chariot, sans ménagement pour les voisins. J’ai bien appris mes leçons de survie au Caire. Lire la suite »

 

On a parfois des a priori stupides : le tour en felouque, à cinq minutes à pied de chez moi, me semblait réservé aux clients du Grand Hyatt et du Four Seasons, cibles favorites des rabatteurs. Et puis franchement, la navigation sur un fleuve servant d’égout à toute l’Egypte ne m’évoquait rien de très romantique. Lire la suite »