A droite en sortant de la gare d’Assouan, on trouve même un bureau du tourisme, une exception notable.  Le type traîne-savates, visiblement dérangé par mon intrusion, me donne quand même la solution pour aller d’Assouan à Louxor, le train de 3 heures, ou celui de 6 heures, et la manière de procéder : monter dans le train et acheter le billet à l’intérieur, car ces trains-là n’existent pas pour les étrangers. De fait, ils ne sont pas indiqués sur le panneau d’affichage. Comme deux indices concordants valent toujours mieux qu’un, je vérifie auprès du planton en faction devant l’accès au quai que le train partira bien à trois heures. Lire le reste de cette entrée »

Après une journée de vagabondages sur mon vélo rose entre les deux rives du Nil, je rentre à l’hôtel, où le jeune homme m’accueille en souriant. Il paraît un peu plus réveillé que la veille. Me demande si je vais monter sur la terrasse ce soir. Pas sûr, car je suis fatiguée.

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Vue de l'hôtel

J’avais choisi cet hôtel parce qu’il était situé sur la rive gauche du Nil, à proximité des sites que je voulais visiter sans dépendre des chauffeurs de taxi. Un  vélo me permettrait de parcourir la région en toute liberté. L’entrée, un large couloir revêtu de bois sombre, est meublée d’un banc où attendre l’arrivée du tenancier, mais je n’ai pas envie de m’asseoir, juste de prendre une douche et un peu de repos. J’attends donc, de longues minutes. Arrive enfin, en traînant les pieds, un garçon malingre qui semble sortir de la sieste. Il est pourtant près de 6 heures du soir. Dans l’allée qui longe le canal, des passants, dans la douceur du soir. Lire le reste de cette entrée »

Nouvel Empire XVIIIème dynastie

Je marche depuis l’hôtel vers le Musée nubien. Cinq minutes avant l’ouverture, je pensais être la première, mais deux ou trois classes en visite d’école se pressent déjà à l’entrée, accompagnées de leurs professeurs, ce qui me ramène plus de vingt ans en arrière, quand j’arpentais le musée d’Aquitaine avec mes élèves. Comme pour chez les gamins du monde, la sortie au musée provoque cette exaltation qui fait briller les yeux et vibrer les rires, enfin hors les murs de la classe. Les professeurs, dépassés, s’efforcent de maintenir un semblant d’ordre. La visite se fera au pas de course ; dommage, car toute l’Histoire de la Nubie, de la Préhistoire au grand déménagement provoqué par la construction du grand barrage, est concentrée dans ce très beau musée. Lire le reste de cette entrée »

Après la visite des tombeaux, je monte au sommet de la colline pour m’asseoir à l’ombre du dôme qui la surplombe, l’esprit encore plein de  ce peuple qui vivait là il y a 4000 ans, nobles , pêcheurs, cultivateurs, bâtisseurs de tombeaux qui n’étaient pas, comme on l’a cru, des esclaves. Aimant grimper tout en haut des montagnes, où qu’elles se trouvent, je me prépare à savourer ce moment de solitude et de paix qu’on ressent quand on domine le paysage et qu’on aperçoit au loin les hommes et les choses réduits à une échelle de lilliputiens. Lire le reste de cette entrée »

Le ferry d’Assouan, bien qu’indiqué sur le guide, ne semble servir qu’aux locaux. Après avoir refusé plusieurs propositions de felouques alléchantes, je m’en tiens à ma première idée : prendre les transports en commun. Ce qui me vaut de payer 5 livres, prix touriste, exigé sans vergogne par un guichetier peu amène. J’embarque sur une grande barge divisée en deux partie égales : à gauche les femmes, jeunes ou vieilles, soigneusement voilées de noir, à droite les hommes, presque tous en gallabeya blanche. Je me sens un peu nue sous les regards, malgré  le châle qui me couvre les épaules. Lire le reste de cette entrée »

La gare est à deux pas de la station de métro Guiza ; on y accède par une passerelle qui mène aux quais. Des groupes de touristes attendent le train couchette, le plus souvent avec un guide. En queue du convoi, deux voitures sans couchettes accueillent surtout des jeunes avec sacs à dos, ce qui me rajeunit de 25 ans. A première vue, pas de télé hurlante, c’est bon signe, et la forte majorité d’étrangers laisse espérer une utilisation modérée des téléphones portables. Tout le monde s’installe pour la nuit, sac de couchage ou couverture légère, bouchons d’oreilles et bandeau pour les yeux. J’ai moi aussi été informée par trois sources différentes qu’il fallait se méfier de la clim, sauf quand elle est en panne. Lire le reste de cette entrée »

Le ciel est couleur ocre, mais il paraît que ce n’est pas encore le fameux khamsin, vent de sable irritant qui se glisse partout. Dès le matin, la migraine me prend à la base du crâne, malgré une nuit passée au Nouveau Caire. Ce sont les effets de la pollution, que j’avais oubliés. Finalement, c’est bien l’été qu’il faut venir, pendant que les Cairotes sont en vacances. Lire le reste de cette entrée »

Impossible de revenir au Caire sans revoir Ibn Touloun. Je prends la passerelle au-dessus du métro, entre Saad Zarlhoul et Sayeda Zeinab, emprunte les ruelles en terre battue, sourit aux enfants qui sortent de l’école, je suis chez moi. Arrivée à la mosquée, dont les abords grouillent de monde, je passe la rue du souk aux tissus colorés. Croise un marchand de tamarin, portant sa grande jarre en métal sur le dos. C’est un moustachu très maigre aux allures d’Arlequin, qui semble sorti d’une pièce de théâtre. Enchaîne avec le porteur d’eau, muni d’un plateau retenu par une sangle, sur lequel reposent une dizaine de verres renversés. Lire le reste de cette entrée »

Gérard de Nerval a passé trois mois et demi au Caire entre janvier et mai 1843. Il se rendra dans le Delta, mais renoncera à embarquer pour Louxor, jugeant le voyage « trop long et trop fatigant pour voir de simples ruines, dont on se rend fort bien compte d’après les dessins. Les mœurs des villes vivantes sont plus curieuses à observer que les restes des cités mortes… »

Le 14 février, résidant au Caire, il écrit :

« Véritablement le soleil est beaucoup plus brillant dans ces pays que dans le nôtre, et il semble qu’on n’ait vu ce soleil-là que dans la première jeunesse, quand les organes étaient plus frais. C’est presque rajeunir de dix ans que de vivre ici. » Lire le reste de cette entrée »

A Hurghada, les coraux sont comme décolorés, lassés d’avoir dû supporter les assauts de touristes prédateurs. Et les poissons plutôt rares.

Mais en dehors des poissons et de l’exploration des fonds sous-marins, l’expérience de la plongée fut pour moi une sensation tout à fait nouvelle. J’avais retardé cette expérience, gardant le souvenir d’une panique, il y a quinze ans, lorsque je perdis pied au-dessus d’un tombant abrupt. Je m’étais repliée vers le rivage  en recrachant l’eau avalée par le tuba. J’ai su alors ce que c’était que le vertige, contre lequel la raison ne peut rien.

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J’avais déjà pu constater, lors d’une visite au musée égyptien du Caire, l’incongruité d’un groupe de touristes russes à la peau laiteuse et aux tenues estivales au milieu des cairotes. Je pouvais lire dans les yeux des policiers et des gardiens à l’entrée des réactions diverses :

–  offusqués : « Cachez ces cuisses que je ne saurais voir ! »

–  méprisants : « Toutes des p… ces occidentales ! »

–  allumés : « La petite blonde en short, là, je me la ferais bien… »

Chez quelques soldats frais débarqués de la Haute Egypte, aveugles aux bras gélatineux et aux ventres flasques des plus âgées, je crus même déceler un regard émerveillé.  Juste émerveillé de contempler, comme un mirage en plein désert, deux ou trois jolies filles blondes aux cuisses de nymphes.

Ainsi un ami égyptien en visite à Paris, par une belle journée de printemps, regardant passer les jeunes filles à la terrasse d’un café devant l’esplanade du Louvre, s’était-il exclamé rêveusement : « C’est beau le printemps à Paris ».

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Pas trop minable finalement, le bus    اقتصاديà part la clim très déficiente. A l’air de rouler aussi vite que le bus dit Luxe. A moitié rempli de jeunes égyptiens qui ont l’allure assurée et un hâle de moniteurs de plongée. Regagnent le Caire pour le week-end. Amassent des sous en vue d’un mariage peut-être et se promèneront ce soir sur le pont Kasr El Nil, main dans la main avec leur fiancée, après avoir lorgné des filles en maillot de bain pendant toute la semaine. Comment arrivent-ils à faire la connexion entre leurs deux vies ? Lire le reste de cette entrée »

Bus Luxe pour Hurghada. Peu avant l’heure de l’iftar, chaque voyageur reçoit une boîte en carton décorée de l’inscription « Ramadan karim » contenant deux sandwichs mous peu ragoûtants et trois dattes pour rompre le jeûne.  Tous les passagers attendent le signal pour ouvrir la boîte, dans un silence religieux que l’absence de radio rend palpable, comme cette tension dans l’air confiné, pareille à celle qu’on ressent au départ d’une course, un pied sur le starting bloc. Ce n’est pas un coup de feu qui donne le signal de l’iftar, le premier repas de la journée alors que le soleil se couche, ni même l’appel à la prière lancé d’une mosquée perdue en plein désert, c’est le bouton de la radio : un verset du Coran, écouté par quarante paires d’oreilles, musulmanes ou chrétiennes. A la fin du verset, chacun ouvre sa boîte, porte une datte à la bouche, boit la moitié de sa bouteille et déballe la nourriture apportée pour le voyage. Les sandwiches mous restent dans les boîtes. Quinze minutes après l’iftar, le chauffeur fait un arrêt dans le désert. Encore dans l’ambiance, je m’imagine que c’est pour la prière, mais c’est pour la cigarette. Lire le reste de cette entrée »

أهل

2010

أهل

Quel est ce mot mystérieux qui chuchote à mon oreille depuis que je l’ai rencontré ?

أهل: un Alef clair et tranchant, avec son hamza sur la tête, suivi d’un souffle ténu – la petite boule du milieu se prononce comme un h légèrement aspiré – pour retomber élégamment sur le L final. Lire le reste de cette entrée »